Aucun appel d’offres en vue : Enerplan dénonce une politique solaire anti-économique, anti-sociale et anti-climatique
Le président d’Enerplan, Daniel Bour, a ouvert le 23 septembre à Paris la 9e Université de l’autoconsommation photovoltaïque par une charge contre la politique solaire du gouvernement. Selon des annonces faites à la filière, qu’il dit « pas officiellement actées », aucun nouvel appel d’offres solaire n’est prévu pour l’instant. Le syndicat des professionnels de l’énergie solaire dénonce un « solar bashing », réclame le retrait de la révision des contrats S21 annoncée pour le budget 2027 et se dit solidaire de la journée d’action des salariés des renouvelables, le 29 septembre.
« Vous me connaissez, je suis quelqu’un de tempéré, plutôt calme », a prévenu Daniel Bour, en annonçant une introduction « pas traditionnelle », qui ne porterait pas d’abord sur l’autoconsommation, thème de l’université organisée par Enerplan. « La situation est simple, c’est qu’on est dans une situation de solar bashing, d’annonces les unes après les autres qui vont toutes dans le même sens et qui font que pour l’instant, le solaire, c’est le bouc émissaire de tout », a-t-il poursuivi, avant de conclure qu’« il y a un moment donné où trop, c’est trop ».
Son principal grief porte sur les appels d’offres. « Les premiers plans sociaux sont venus sur l’absence de visibilité : on voulait avoir une PPE, il n’y en avait pas […]. Là, maintenant, on nous offre de la visibilité. Ça s’appelle la visibilité du vide », a ironisé le président d’Enerplan. Selon lui, « ce qu’on nous a annoncé là, au mépris de certaines promesses qui avaient été faites, c’est qu’il n’y aura plus d’appel d’offres solaire annoncé pour l’instant ». Mais le syndicat se battra « jusqu’au bout » pour l’empêcher, assure-t-il. En juin, la ministre déléguée chargée de l’Énergie, Maud Bregeon, avait reçu Enerplan et le SER sans annonce ferme, et la relance de la 9e période de l’appel d’offres « PPE2 PV Sol », pour 925 MWc, était annoncée pour juillet. Le mois suivant, Enerplan achetait une pleine page dans La Tribune Dimanche pour réclamer au Premier ministre le calendrier des appels d’offres, Daniel Bour évoquant alors « le goût d’un moratoire déguisé ».
Une politique solaire « anti-économique », « anti-sociale » et « anti-climatique »
Daniel Bour décrit une « cassure » récente en trois points. Le premier est « la parole de l’État », qui, le rappelle-t-il, « a déjà fait le coup il y a quelques années », le second la révision des contrats S21 de 300 à 500 kWc que le gouvernement veut inscrire au projet de loi de finances pour 2027, qui va « créer le même désordre, la même gêne pour toutes nos entreprises ». Le troisième est « une ostracisation de notre secteur qui visiblement est assumée par tous les bouts ». À la critique de l’intermittence, il répond : « on est intermittent, mais pourtant on est pilotable. Le tout, c’est de le vouloir ». Le syndicat réclame depuis des années un plan pour le stockage et des appels d’offres hybrides, restés, dit-il, « lettre morte ».
« Trois ans après, on est dans un freinage total, brutal, violent », a résumé le président d’Enerplan, en rappelant que la loi d’accélération de la production d’énergies renouvelables (APER) date de 2023. Il s’en prend aussi à l’administration sur la TVA à 5,5% des petites installations, seul avantage conservé par l’autoconsommation, dont les conditions d’accès ont été durcies : « c’est l’administration, c’est Bercy ». Il juge absurdes les critères du règlement européen pour une industrie à zéro émission nette (NZIA), qui conduisent selon lui à installer des panneaux « moins performants », « plus chers » et qui « coûtent plus cher à la collectivité ». Son verdict : une politique solaire « anti-économique », « antisociale » et « anticlimatique ».
Le solaire a pourtant été « très important pour passer l’été », souligne Daniel Bour, qui relève « un phénomène intéressant cette année, c’est l’augmentation de la part du gaz ». Faute de pilotage, la production solaire est selon lui écrêtée, « pour allumer le gaz le soir ». Le bilan de l’été publié par RTE le 21 septembre confirme la hausse du thermique fossile, à 4,1 TWh contre 2,6 TWh un an plus tôt, mais l’attribue à une consommation plus élevée, aux contraintes pesant sur le parc nucléaire et à une production hydraulique plus faible. Le président d’Enerplan ne comprend pas non plus que l’État, qui attend une forte hausse de la demande d’électricité liée notamment aux centres de données à l’horizon 2029, freine « ce qui peut être à peu près au rendez-vous en 2029, à savoir le solaire ».
L’autoconsommation, sans soutien public depuis la réforme du S21
Sur l’autoconsommation, l’État a selon lui fait un « passage complet brutal », en ne voulant plus que le soutien lui coûte « un centime ». Il en résulte « une baisse brutale de l’autoconsommation » en quelques trimestres, depuis la suppression de la prime à l’autoconsommation par la réforme du tarif S21, entrée en application en juin. « L’autoconsommation, c’est l’avenir. Il y a aucun doute. L’autoconsommation, elle se fait partout et elle a un sens. Elle a un sens parce que c’est du solaire compétitif sur place », a défendu Daniel Bour, qui attend « une décision de dire : on a une politique d’autoconsommation ».
Le dossier de presse diffusé par Enerplan à l’occasion de l’université chiffre le marché. Au 30 juin, la France continentale comptait 6433 MW de capacité photovoltaïque en autoconsommation, dont 6055 MW et 905 348 installations sur le réseau d’Enedis, où 2276 opérations d’autoconsommation collective étaient actives, plus du double en un an. Plus de 17% des installations en autoconsommation mises en service depuis le début de l’année sont couplées à une batterie, contre moins de 6% en 2025. Parmi les freins recensés, le syndicat cite la perte de la TVA réduite pour un projet incluant une batterie.
Enerplan se dit enfin « totalement solidaire » du mouvement des salariés de la filière, ce qui n’est « pas toujours fréquent pour un syndicat d’entreprises et d’entrepreneurs », a relevé son président. Les salariés des renouvelables organisent une journée d’action le 29 septembre, à Paris pendant le colloque du Syndicat des énergies renouvelables (SER) et devant la préfecture de Montpellier. Leurs représentants chiffrent à plus de 10 000 les emplois supprimés depuis 2025 et citent les plans sociaux d’Urbasolar, de Valorem et de Boralex.












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