L’emploi dans la filière solaire française risque de reculer de près de moitié d’ici 2030
La filière solaire et le stockage par batteries employaient 982 000 personnes en équivalent temps plein dans l’Union européenne en 2025, selon le rapport annuel sur l’emploi publié le 7 octobre par SolarPower Europe. La France se classe quatrième avec environ 80 000 emplois solaires. C’est pourtant le grand marché où l’association prévoit le recul le plus fort d’ici 2030, à 43 000 emplois dans son scénario médian, soit une baisse de 46%.
En Europe, le photovoltaïque compte pour 874 000 de ces emplois, en hausse de 1% sur un an, soit deux fois plus vite que l’emploi dans l’ensemble de l’économie de l’Union (+0,5%). Le stockage par batteries, mesuré pour la première fois dans cette édition, en ajoute 108 000. L’Union a installé 69 GW de solaire en 2025, davantage que prévu, et 27 GWh de batteries. Son parc de stockage a été multiplié par douze en quatre ans, à environ 80 GWh.
La prévision de l’édition précédente ne s’est donc pas vérifiée. Le rapport de l’an dernier annonçait un recul de 5% de l’emploi solaire en 2025, à 825 000 personnes. La méthode a toutefois évolué entre les deux éditions. Les coûts des grandes centrales au sol sont désormais calculés pays par pays, ce qui relève de 1,8% l’estimation des emplois de ce segment en France.
L’installation concentre 742 000 emplois, soit 85% de l’emploi solaire de l’Union. L’exploitation et la maintenance atteignent un record de 78 000 emplois. La fabrication recule à 37 000 emplois, dont 90% dans les onduleurs. Celle des modules ne fait plus travailler qu’environ 2000 personnes, contre 3500 en 2024, après la fermeture de l’usine de modules d’Aleo Solar en Allemagne et l’arrêt définitif de Photowatt en France.
Pour la première fois depuis le lancement de l’étude en 2021, les grandes centrales au sol emploient un peu plus que les toitures, avec 50,2% des emplois solaires. Le rapport l’attribue au poids croissant des grands projets en Espagne, en Allemagne, en Italie et en Roumanie, et au ralentissement des installations en toiture dans une grande partie de l’Europe.
L’Allemagne reste le premier employeur avec environ 165 000 emplois, talonnée par l’Espagne, puis l’Italie avec 85 000 emplois. Les trois pays rassemblent près de la moitié de l’emploi solaire de l’Union. Suivent la France (80 000), la Roumanie (64 000), la Pologne (63 000) et la Bulgarie (35 000).
« Ce rapport montre à quel point l’enjeu est désormais important. Environ un million de personnes travaillent aujourd’hui dans le solaire et le stockage en Europe : sur les toits, sur les chantiers, dans les équipes d’ingénierie, dans les salles de contrôle et tout au long de la chaîne d’approvisionnement. C’est une réussite à célébrer, mais que nous ne devons pas considérer comme acquise. Si le déploiement ralentit et si les problèmes de flexibilité restent sans solution, l’Europe risque d’affaiblir non seulement une source essentielle de sécurité énergétique et de résilience, mais aussi le fort potentiel de création d’emplois du solaire », prévient Walburga Hemetsberger, directrice générale de SolarPower Europe.
La France, grand marché le plus touché d’ici 2030
En France, la part des grandes centrales au sol dans l’emploi solaire n’est passée que de 31% à 34% en 2025, la plus faible des sept premiers marchés européens. Le rapport y voit le poids des petites installations soutenues par le tarif d’achat S21. En 2030, les toitures représenteraient encore 64% des emplois solaires français.
Dans le scénario médian, l’emploi solaire français tomberait à environ 43 000 emplois en 2030, le recul le plus fort des grands marchés selon le rapport, du fait de perspectives de déploiement plus faibles. La fourchette est large, de 31 000 emplois dans le scénario bas à 75 000 dans le scénario haut, qui reste lui aussi sous le niveau de 2025.
L’Espagne perdrait elle aussi plus d’un tiers de ses emplois, à 102 000, l’écrêtement et la baisse des prix captés par les centrales pesant sur l’investissement. L’Italie, à l’inverse, gagnerait 24% à 105 000 emplois grâce au dispositif FER-X et aux enchères. Elle passerait au deuxième rang, derrière l’Allemagne (153 000).
Ce scénario repose sur les perspectives de marché publiées par SolarPower Europe en juin 2026. Il a donc été établi avant le projet de loi de finances pour 2027, présenté le 1er octobre, qui prévoit de baisser les tarifs S21 de 300 à 500 kWc et d’étendre l’arrêt de production pendant les prix négatifs aux installations de plus de 100 kW.

L’installation, seul maillon en recul en Europe
À l’échelle de l’Union, l’emploi solaire reculerait de 12% d’ici 2030, de 874 000 à 766 000 emplois. Les installations annuelles atteindraient environ 70 GW en 2030, à peine plus qu’en 2025, et les gains de productivité réduiraient les besoins en main-d’œuvre. Seule l’installation reculerait, de 22% à 578 000 emplois.
Les autres maillons progresseraient. L’exploitation et la maintenance passeraient de 78 000 à 109 000 emplois, avec un parc qui grimperait de 411 à 739 GW. La fabrication monterait à 49 000 emplois si les usines annoncées voient le jour, mais tomberait à 10 000 dans le scénario bas. Le démantèlement et le recyclage doubleraient presque, de 16 000 à 30 000 emplois.
Parmi les freins au déploiement, le rapport cite l’écrêtement croissant de la production, la multiplication des prix négatifs et l’insuffisance des solutions de flexibilité.
« Le rapport de cette année marque une étape importante, en évaluant pour la première fois ensemble l’emploi dans le solaire et dans le stockage par batteries. À mesure que le solaire et le stockage deviennent des technologies de plus en plus intégrées, nous nous attendons à voir davantage de travailleurs les concevoir, les installer et les exploiter côte à côte, ce qui traduit le rôle croissant de la flexibilité dans le système énergétique européen. Mais cela ne se fera pas tout seul. Il faut des voies d’accès à ces emplois, des formations accessibles et des projets sur lesquels travailler. Les décideurs politiques doivent maintenant traduire en actes les ambitions européennes en matière de compétences et d’électrification », souligne Christophe Lits, analyste marché senior chez SolarPower Europe et auteur du rapport.
L’association formule sept priorités, dont un accès simplifié des PME du secteur aux financements de formation et la mise en œuvre des dispositions de la directive européenne sur les énergies renouvelables (RED III) relatives aux installateurs.
SolarPower Europe est l’association européenne du photovoltaïque et du stockage, qui réunit plus de 300 organisations, dont 45 associations nationales.
Consulter le rapport de SolarPower Europe sur l’emploi (PDF, 54 pages, en anglais).












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