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Le SER dénonce « une absence totale de soutien public » au solaire pour 2027

Le SER dénonce « une absence totale de soutien public » au solaire pour 2027

Le 27e colloque annuel du Syndicat des énergies renouvelables (SER) s’est tenu le 29 septembre à la Cité des sciences, à Paris, deux jours avant la présentation du projet de loi de finances pour 2027. Son président, Jules Nyssen, y a dénoncé l’appel d’offres neutre prévu pour 2027 et la révision des contrats S21, pendant que plus d’une centaine de salariés de la filière manifestaient devant l’entrée contre les plans sociaux.

Devant près de 1000 participants, Jules Nyssen a ouvert la journée par une charge contre la politique solaire du gouvernement. « Il est absolument incompréhensible que l’on continue à étrangler le développement du solaire comme cela se passe actuellement », a-t-il lancé. Appelé « à la rescousse » pendant la crise de 2022-2023, le solaire a selon lui été ensuite « pointé du doigt comme une calamité ». « Tout a été bon pour justifier des reculs successifs, avec la quasi-disparition du guichet S21, le rabotage des objectifs dans la PPE3, l’absence de visibilité donnée à ce qui se passerait à partir de l’automne 2026 », a énuméré le président du SER.

Sa principale inquiétude porte sur l’appel d’offres technologiquement neutre dont le gouvernement entend faire, selon lui, l’unique dispositif de soutien en 2027. « Ce que l’on voit au moment où je vous parle, c’est une absence totale de soutien public pour l’année 2027 », a affirmé Jules Nyssen. Ce mécanisme est à ses yeux « non seulement collectivement inefficace, puisqu’il va ajouter une prime de risque dans les coûts, mais surtout destructeur pour la filière solaire, qui en sera économiquement évincée ». Seul l’éolien terrestre devrait en émerger, à des prix supérieurs à ceux de sa dernière période d’appel d’offres dédiée, et le président du SER craint qu’aucun projet d’électricité renouvelable ne soit soutenu au premier trimestre 2027. Enerplan avait lui aussi dénoncé l’absence d’appel d’offres en vue pour le solaire.

Une baisse de plus de 10% des effectifs selon le SER

« Un rapide sondage auprès de nos adhérents des filières solaire et éolienne montre une baisse de plus de 10% des effectifs par rapport à 2024 », s’est inquiété Jules Nyssen. Rapportée aux chiffres d’une étude du cabinet Columbus Consulting, présentée le même jour par Nicolas Goldberg, cette baisse représenterait en projection entre 6000 et 9000 emplois. « C’est une casse sociale », a-t-il ajouté. Il redoute une seconde vague, qui toucherait après les équipes de développement celles de la construction et de l’installation.

À la mi-journée, plus d’une centaine de salariés de la filière se sont rassemblés sur le parvis de la Cité des sciences, notamment à l’appel de SUD Énergie, qui refuse que les salariés servent de « variables d’ajustement ». Un second rassemblement s’est tenu devant la préfecture de Montpellier. « Ils viennent pour sauver leurs emplois. C’est un combat légitime, mais ces emplois sont liés aux perspectives de développement de la filière, c’est-à-dire de leurs employeurs. Le SER ne peut qu’être solidaire de leur combat », a déclaré Jules Nyssen.

Le lendemain, le SER, France renouvelables et Enerplan ont adressé une lettre ouverte au Premier ministre, Sébastien Lecornu. « Plusieurs centaines d’emplois ont déjà été supprimés et d’autres sont menacés dans les mois à venir », écrivent les trois organisations. Elles attendent « un signal fort et clair : la garantie des volumes appelés permettant à chacune de nos filières de se développer dans le respect des volumes de la PPE, ainsi que l’annonce et le respect de calendriers leur permettant de se projeter dans la durée ».

Une seconde lettre ouverte, datée du 5 octobre, élargit l’alerte au-delà de la filière. Signée par une vingtaine d’organisations, dont le SER, Enerplan et France renouvelables, mais aussi Amorce et France urbaine pour les collectivités, et le WWF, France Nature Environnement et négaWatt, elle demande au Premier ministre d’« assurer impérativement l’ambition, la cohérence, l’efficacité et les moyens d’une transition énergétique coconstruite ». « Nous exhortons donc le gouvernement à ne pas sacrifier les ambitions et les moyens de la transition énergétique sur l’autel de la rigueur budgétaire, car il y a des économies de court terme qui coûteraient terriblement cher à la France et aux Français », écrivent les signataires. Ils dénoncent notamment les « baisses des soutiens à la filière solaire thermique, photovoltaïque et au biogaz » et la « réduction de 40 % du Fonds chaleur ». Ils demandent une conférence nationale de la planification énergétique, représentative de ses acteurs, et une loi de finances pluriannuelle de la transition énergétique et climatique.

Première page de la lettre ouverte du 5 octobre 2026 au Premier ministre, avec les logos de ses vingt et un signataires
Les signataires de la lettre ouverte du 5 octobre au Premier ministre.

Le S21, « un coup de poignard dans le dos »

Avant le dépôt du projet de loi de finances, Jules Nyssen a détaillé, lors de sa présentation au colloque, les trois préoccupations du SER sur ce texte. La première concerne le Fonds chaleur, dont « on entend dire qu’il serait raboté à 500 millions d’euros » et que le syndicat voudrait porter à plus d’un milliard. La deuxième vise MaPrimeRénov’, dont la réforme a supprimé les aides aux appareils de chauffage au bois. La troisième porte sur la révision des contrats d’achat S21, issus de l’arrêté de 2021, dont les bénéficiaires sont « principalement les agriculteurs », selon lui.

« C’est un coup de poignard dans le dos. Dans ces conditions, quelle banque, quels investisseurs voudront encore financer des projets ? », s’est-il interrogé, en saluant l’opposition exprimée par Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, et par les collectivités locales. Annoncée à la filière le 18 septembre, la révision des contrats S21 figure bien dans le projet de loi déposé le 1er octobre. Son article 82 prévoit de réduire les tarifs des contrats de 300 kWc et plus après un audit de la CRE, et de résilier les contrats d’achat de 2006 à 2010 des installations de plus de 250 kWc (voir notre article sur le PLF 2027).

La CRE juge qu’« il reste encore de la place » pour les renouvelables

Invitée à ouvrir le colloque, la présidente de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), Emmanuelle Wargon, a présenté le rapport du régulateur sur l’économie du système électrique. Rappelons-le, selon ses simulations, les renouvelables électriques installées de 2020 à 2025 ont abaissé les prix de marché d’environ 20 €/MWh en 2025, soit quelque 8 milliards d’euros rendus aux consommateurs. Elles ont coûté en face 2,2 milliards d’euros de soutien public et environ 500 millions d’euros de réseau, pour un bilan « globalement positif ».

Graphique : environ 8 milliards d'euros de gain pour les consommateurs, contre 2,2 milliards de soutien public et 0,5 milliard de réseau
L’effet en 2025 des renouvelables électriques installées de 2020 à 2025. Source : CRE, présentation d’Emmanuelle Wargon au colloque du SER, graphique L’Echo du Solaire

Le rapport situe vers une hausse de 50% du parc installé l’ordre de grandeur au-delà duquel les inconvénients deviendraient significatifs. Ce calcul repose sur une demande stable, une hypothèse « relativement théorique » selon Emmanuelle Wargon. « Ce chiffre sert plutôt à montrer qu’il reste encore de la place. Même en situation de demande stable, on peut encore installer des EnR avec un intérêt économique certain », a-t-elle souligné. La présidente de la CRE a présenté le même rapport le lendemain aux députés de la commission des affaires économiques. « Sur la révision du S21, c’est potentiellement un choix du législateur. Si le législateur fait ce choix, nous serons mandatés pour faire un audit […] pour voir s’il existe une vraie surrentabilité ou pas et quel est le potentiel financier de gain budgétaire pour l’État d’une renégociation », a-t-elle répondu, interrogée sur la révision des contrats S21 annoncée par le gouvernement.

Le RN veut arrêter l’éolien et le photovoltaïque

La journée s’est achevée par une tribune présidentielle organisée avec le journal La Tribune, où les représentants de huit candidats déclarés ou pressentis ont débattu des 27 propositions du SER pour 2027. Pour le Rassemblement national, le député de la Meuse Maxime Amblard a présenté le programme énergétique de Marine Le Pen. « Les énergies intermittentes électriques comme l’éolien et le photovoltaïque, ça peut aider les pays qui n’ont pas mieux […]. Mais en France, nous avons mieux », a-t-il déclaré, avant de conclure : « Arrêtez de développer l’éolien et le photovoltaïque en France. Et pas par idéologie ».

Pour Bruno Retailleau, Julien Chartier, directeur des études des Républicains, a pris position contre la remise en cause des contrats signés. « Tous les contrats signés seront honorés, y compris ceux que l’État n’aurait pas dû signer. Nous ne ferons pas ce que fait le Premier ministre avec les contrats solaires S6 à S10, ni ce que propose le Rassemblement national avec le réexamen des contrats existants », a-t-il affirmé. Il a en revanche annoncé la fin des « subventions nouvelles pour l’éolien et le solaire en métropole ». L’autoconsommation, les contrats de long terme et le solaire adossé à des batteries resteraient selon lui possibles sans soutien.

Jean-Luc Fugit, député Renaissance du Rhône, a plaidé à l’inverse pour « accélérer sur les énergies renouvelables sans jamais les opposer » au nucléaire. À gauche, le député européen Thomas Pellerin-Carlin, pour Raphaël Glucksmann, a estimé que l’appel d’offres neutre « n’aboutira qu’à la destruction de la filière solaire en France », et Aurélie Trouvé, députée LFI de Seine-Saint-Denis, a jugé « tout simplement irresponsable » tout moratoire sur l’éolien et le solaire.

Aucun membre du gouvernement n’était présent, en raison d’un Conseil européen de l’énergie tenu le même jour à Dublin, a précisé Jules Nyssen en clôture. Le président du SER a estimé que les professionnels avaient « encore du boulot » pour faire entrer leurs sujets dans le débat public. Les interventions du colloque sont disponibles en vidéo sur la chaîne YouTube du SER.

Montage de trois captures vidéo du colloque du SER : Emmanuelle Wargon au micro, Jules Nyssen au pupitre, et la tribune présidentielle
Emmanuelle Wargon, présidente de la CRE, Jules Nyssen, président du SER, et la tribune présidentielle, le 29 septembre à la Cité des sciences. Captures vidéo : SER

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