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Faute de calendrier, la filière solaire porte son combat sur la place publique, en ordre dispersé

Faute de calendrier, la filière solaire porte son combat sur la place publique, en ordre dispersé

Un mois après avoir été reçues par la ministre déléguée chargée de l’Énergie sans obtenir d’annonce, les organisations du photovoltaïque ont changé de canal. Enerplan a acheté une pleine page dans un hebdomadaire national pour interpeller le Premier ministre, quand la FNES obtenait un reportage au journal de 13 heures de TF1 et que France Agrivoltaïsme dénonçait des appels d’offres jugés au seul prix. Trois interpellations en dix jours, qui disent l’impatience de la filière autant que ses divergences de méthode.

Un calendrier promis au printemps, toujours attendu

Le 17 juin, le Syndicat des énergies renouvelables (SER) et Enerplan étaient reçus par Maud Bregeon, ministre déléguée chargée de l’Énergie. La filière en était ressortie avec un dialogue, mais ni annonce ferme ni décision, et une demande résumée en une phrase par Enerplan : « Clairement, le message est passé. Nous attendons maintenant un calendrier, une visibilité, des engagements ». Les deux organisations annonçaient alors préparer une communication détaillée commune à destination de leurs adhérents.

Cette communication commune n’a pas été publiée. Un mois plus tard, le calendrier des appels d’offres réclamé n’est pas venu non plus, et chaque organisation a fini par s’exprimer seule. La demande, elle, n’a pas varié : la filière ne conteste pas les volumes annoncés en avril pour 2026, elle réclame la visibilité au-delà de l’été, promise au printemps.

Le contexte est celui d’une année difficile pour l’aval de la filière. La réforme du tarif d’achat S21, entrée en application en juin, a supprimé la prime à l’autoconsommation et ramené le tarif de rachat du surplus à 1,1 c€/kWh hors taxes pour les installations jusqu’à 9 kWc, fragilisant les quelque 60 000 artisans des petites puissances (voir notre article « Crise du solaire : reçue par Maud Bregeon, la filière obtient un dialogue mais aucune annonce »).

Enerplan achète une pleine page dans un hebdomadaire national

Le 12 juillet, Enerplan a fait paraître une pleine page dans La Tribune Dimanche, adressée au Premier ministre Sébastien Lecornu, sous le titre « Monsieur le Premier ministre, l’incertitude coûte. Le solaire français a besoin de vous ». Le syndicat y affirme que le solaire français est prêt à investir, à recruter et à produire, mais que le contexte d’incertitude pèse sur les investissements, l’emploi et la compétitivité. Sa demande tient en une ligne : publier le calendrier des appels d’offres. Le syndicat chiffre l’enjeu à 45 000 emplois directs sur le territoire, en estimant que chaque mois d’attente fragilise les entreprises du secteur.

L’opération dépasse l’insertion isolée : Enerplan a mis à disposition de ses adhérents un kit de mobilisation, avec les visuels de la campagne à relayer.

Au lendemain de la parution, le président d’Enerplan Daniel Bour a estimé que la situation avait « le goût d’un moratoire déguisé ». Le syndicat met en avant trois griefs : trois appels d’offres seulement lancés depuis la publication de la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie, la fermeture depuis septembre 2025 du guichet pour les installations de 100 à 500 kW, et l’érosion des obligations de solarisation des bâtiments et des parkings.

La FNES choisit le journal de TF1 de 13 heures

Une semaine plus tard, le 19 juillet, la Fédération nationale de l’énergie solaire (FNES) a fait valoir un autre canal : un reportage diffusé au journal de 13 heures de TF1, consacré au solaire en toiture. Le sujet a été tourné à l’inauguration d’une grande toiture sur bâtiment industriel réalisée par IDEX, avec un rappel de la loi APER. Y interviennent Edouard Roblot, pour IDEX, et Floriane de Brabandère, présidente de la FNES.

La fédération assume le choix du grand public plutôt que celui des décideurs : « Alerter les ministres, c’est bien. Mais alerter les Français, ce serait encore mieux », écrit-elle en présentant l’opération, qu’elle annonce comme le premier épisode d’une série. Son argumentaire porte sur le poids économique du segment : le solaire en toiture représenterait, selon elle, environ 80% de l’emploi de la filière, et 88% des Français se déclareraient prêts à autoconsommer. La FNES y interpelle également Sébastien Lecornu, Roland Lescure et Maud Bregeon.

France Agrivoltaïsme conteste les critères, pas le calendrier

Le 21 juillet, l’association France Agrivoltaïsme a ouvert un troisième front, sur un terrain différent. Sous le titre « Appels d’offres : l’agrivoltaïsme menacé, les intérêts agricoles bafoués », elle ne réclame pas un calendrier mais une modification des critères de sélection des prochains appels d’offres de la Commission de régulation de l’énergie. Son grief tient en une phrase : le gouvernement « s’écarte de son engagement en ne retenant que le prix comme critère de sélection dans ses appels d’offres », sans tenir compte du renforcement des contraintes réglementaires.

L’argument s’appuie sur le cadre posé par l’article 54 de la loi APER, qui impose à l’agrivoltaïsme un service rendu à la culture ou à l’élevage, donc des sujétions que la sélection au seul prix ne compense pas. Face aux centrales au sol classiques, l’association estime que les projets conformes à ce cadre exigeant ne peuvent pas s’aligner. Elle avance la notion de triple dividende, énergie décarbonée, résilience agricole et acceptabilité territoriale, et demande que les bénéfices agricoles, climatiques et territoriaux entrent dans l’appréciation des offres, aux côtés de la visibilité sur le calendrier et les volumes.

L’urgence tient au stade d’avancement des projets : nombre d’entre eux sont autorisés par les préfectures et atteignent aujourd’hui le financement. « Les prochains appels d’offres peuvent transformer l’ambition de la loi APER en réalisations concrètes », déclare Olivier Dauger, coprésident de France Agrivoltaïsme au titre de la FNSEA.

Trois canaux, trois demandes, une même impatience

Enerplan et la FNES ne défendent pas exactement le même périmètre. La FNES s’est construite comme le porte-voix des installateurs et du solaire en toiture, segment le plus exposé à la réforme du S21. Enerplan, syndicat historique et généraliste de l’énergie solaire, couvre l’ensemble de la chaîne, des industriels aux développeurs, et a porté en première ligne le dossier du S21 comme celui de l’autoconsommation. Dans sa publication du 20 juillet, la FNES stigmatise néanmoins la stratégie consistant à solliciter le gouvernement pour obtenir des appels d’offres destinés aux grandes puissances au sol, et juge peu efficace le choix d’une tribune de presse.

Le désaccord porte donc moins sur le diagnostic que sur la méthode. Enerplan et la FNES réclament la même chose, un calendrier et de la visibilité, et interpellent les mêmes ministres. Elles divergent sur la manière de l’obtenir : le canal institutionnel et la pression politique d’un côté, l’opinion publique et la télévision de l’autre. France Agrivoltaïsme déplace encore le curseur, en portant non plus sur le rythme des appels d’offres mais sur leur contenu. Un mois après une rencontre ministérielle où deux d’entre elles se présentaient en front commun, la filière s’exprime en ordre dispersé, sur trois canaux et pour trois demandes distinctes.

Ce qui se joue dans les prochaines semaines

Deux fenêtres de candidatures se sont ouvertes le 20 juillet : celle de l’appel d’offres simplifié pour le petit photovoltaïque, 288 MWc, jusqu’au 31 juillet, et celle de la neuvième période de l’appel d’offres PPE2 pour le photovoltaïque au sol, 925 MWc, jusqu’au 30 juillet. Un appel d’offres dit toutes technologies est par ailleurs visé pour l’automne, sans cahier des charges publié à ce jour.

C’est sur cette échéance de l’automne, et sur la trajectoire qui la suivra, que se concentre l’attente de la filière. La réponse du gouvernement à la double interpellation de juillet dira si le changement de canal aura été plus efficace que le dialogue de juin.

 

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