L’Allemagne veut limiter à la moitié l’injection des petites toitures solaires
Le conseil des ministres allemand a adopté le 29 juillet une réforme de la loi sur les énergies renouvelables qui supprime le tarif d’achat garanti des installations photovoltaïques neuves à partir de 2027, et plafonne à 50% la puissance que les petites et moyennes toitures pourront injecter sur le réseau. Le Bundesverband Solarwirtschaft (BSW Solar), la fédération allemande du solaire, y voit un coup d’arrêt et appelle le Bundestag à réécrire le texte à la rentrée. Six semaines après l’arrêté S21 français, l’Allemagne sort à son tour du modèle de la revente subventionnée, par un chemin très différent du nôtre.
Deux textes ont été adoptés le même jour, la révision de la loi sur les énergies renouvelables, dite EEG-Novelle 2027, et un paquet sur le raccordement au réseau. Pour le photovoltaïque, le principe retenu est la fin de la rémunération fixe garantie pendant vingt ans sur les installations neuves. Celles de moins de 25 kW basculent vers la vente directe de leur électricité sur le marché, avec un bonus de 1,5 c€/kWh versé pendant quatre ans au maximum en guise d’aide de démarrage. Les installations déjà en service à la fin de 2026 conservent leur contrat en l’état.
Rien n’est acquis à ce stade. Le Bundestag et le Bundesrat doivent examiner les deux textes à la rentrée, pour une entrée en vigueur visée au 1er janvier 2027, et les volets de soutien restent suspendus à l’autorisation de la Commission européenne au titre des aides d’État. La ministre fédérale de l’Économie, Katharina Reiche, a présenté la réforme comme un changement de paradigme dans le soutien aux renouvelables, en faisant valoir qu’il sera tenu compte pour la première fois, de façon systématique, de l’endroit où une installation neuve est utile au réseau. Le gouvernement maintient par ailleurs son objectif de 80% d’électricité renouvelable en 2030.
Un plafond d’injection sans équivalent français
C’est la seconde mesure qui éloigne le plus la trajectoire allemande de la nôtre. Les toitures photovoltaïques de petite et moyenne taille verront leur puissance d’injection limitée en permanence à la moitié de la puissance installée, l’objectif affiché étant d’écrêter la pointe de production de la mi-journée. Selon l’analyse du texte publiée par le cabinet Gleiss Lutz, le plafond viserait les installations en toiture de moins de 100 kW. Ce qui n’est pas injecté doit donc être consommé sur place ou stocké, faute de quoi il est perdu.
La France a poursuivi le même but par un moyen opposé. L’arrêté du 1er juin 2026 a ramené le tarif de rachat du surplus à 1,1 c€/kWh et supprimé la prime à l’investissement, actant le basculement vers l’autoconsommation : ce tarif était encore de 12,69 c€ avant mars 2025, puis de 4 c€. Berlin n’agit pas sur le prix mais sur le débit. Dans un cas la revente ne rapporte plus rien, dans l’autre elle devient techniquement impossible au-delà de la moitié de la puissance. Les deux dispositifs mènent au même endroit, l’autoconsommation et le stockage, mais l’un laisse le choix au producteur quand l’autre le lui retire.
Un marché résidentiel qui recule déjà de 28%
La filière allemande fait valoir que la réforme frappe un segment déjà en repli. Le nombre de nouvelles installations résidentielles a baissé d’environ 28% en 2025, et le recul s’est poursuivi au premier trimestre 2026, à 21% pour le résidentiel et 6% pour l’ensemble du marché. Dès juillet, une analyse conjointe d’Agora Energiewende et du Fraunhofer ISE relevait que les modifications alors en discussion pourraient dégrader la rentabilité des petites installations en toiture et inciter à sous-dimensionner les systèmes.
« Les coupes prévues mettent en péril des investissements de plusieurs milliards et jouent avec des dizaines de milliers d’emplois tout au long de la chaîne de valeur solaire. Dans le même temps, l’Allemagne risque de rester plus longtemps dépendante d’importations d’énergie coûteuses et nuisibles au climat », déclarait Carsten Körnig, directeur général du BSW Solar, au lendemain du conseil des ministres. La fédération qualifie d’attrape-nigaud le paiement transitoire censé remplacer une rémunération garantie pendant vingt ans, et juge que l’obligation faite aux exploitants de petites installations de vendre eux-mêmes leur surplus en bourse n’est réaliste ni techniquement ni économiquement. Elle avait auparavant averti que la suppression des indemnisations en cas d’effacement pour contrainte de réseau, prévue par le volet raccordement, transformerait de larges portions du territoire en zones interdites aux renouvelables.
Le parc allemand a franchi 128 GWc en août, atteignant la cible que la loi fixait pour 2026, avec plus de six millions d’installations et environ un cinquième de la production électrique nette du pays en 2025. C’est ce succès même que le gouvernement invoque pour justifier la fin du soutien, et que la fédération oppose pour en démontrer la fragilité.
« Le jalon des 128 gigawatts est un succès. Mais qui en conclut que le développement du solaire se poursuivra désormais tout seul se trompe », avance Carsten Körnig. Les objectifs inscrits dans la loi allemande supposent en effet une accélération et non un palier : 172 GWc en 2028, 215 GWc en 2030, 400 GWc en 2040. Or le pays a installé environ 17,5 GWc en 2024 comme en 2025, quand il en faudrait près de 20 par an pour tenir l’échéance de 2030, soit 87 GWc supplémentaires en quatre ans.
Reste ce que les deux pays ont en commun, et qui intéresse directement le marché français. L’autoconsommation allemande a atteint 12,28 TWh en 2024, soit 17% de la production photovoltaïque nette contre 13% l’année précédente, une progression que les chercheurs du Fraunhofer ISE attribuaient déjà au prix de l’électricité et au succès des batteries domestiques. Le plafonnement de l’injection accélérerait mécaniquement ce mouvement, en faisant du stockage non plus un choix de rentabilité mais la condition pour ne pas perdre sa production. C’est le même déplacement de valeur que la réforme du S21 a enclenché en France, obtenu par un tout autre levier. Le Bundesverband Solarwirtschaft réclame d’ailleurs, dans le même communiqué, une accélération du déploiement des batteries.


















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