Tollé général de la profession contre l’hypothèse d’un retour d’un moratoire sur le solaire
Chat échaudé craint l’eau froide. Il aura fallu la publication d’un article de Contexte dévoilant un projet de Matignon instaurant un moratoire sur le solaire et l’éolien pour rendre RN-compatible la publication de la PPE pour (re)-mettre le feu aux poudres. Malgré le démenti du Premier Ministre dans les colonnes du Parisien, toutes les organisations professionnelles appellent à la vigilance et à la mobilisation contre les effets délétères que provoqueraient un tel revirement.
« Cette information est complètement fausse et mensongère. Il n’est pas question de revenir sur nos ambitions énergétiques car la décarbonatation est une priorité pour notre souveraineté. Il faut sortir de certaines dépendances… Comme pour tout euro d’argent public dépensé, aucune rente ne sera tolérée, n’en déplaise à certains lobbys », a démenti dans les colonnes du Parisien Sébastian Lecornu. Mais le mal est fait.
« Filière solaire : non au moratoire, oui au dialogue constructif ! »
Pour Enerplan, syndicat des professionnels de l’énergie solaire, un éventuel moratoire sur les énergies renouvelables serait une véritable aberration et constituerait un tel coup d’arrêt, à triple égard.
D’abord anti-démocratique, puisque l’Assemblée nationale a massivement rejeté une telle proposition de moratoire. Ensuite anti-économique, en stoppant net l’activité de nombreuses entreprises et en provoquant ainsi de nombreux dépôts de bilan Enfin, anti-social, en fragilisant une large part des 100 000 emplois de la filière française. Et cela, alors même qu’il existe deux projets de gigafactories de panneaux solaires de Carbon et Holosolis totalisant 5000 emplois directs en 2030.
Le Premier ministre n’a pas tardé à démentir cette rumeur malveillante de nouveau moratoire. Enerplan salue son intervention, et le remercie pour cette clarification bienvenue. Mais au-delà, des défis importants restent à relever. Enerplan retient de cette interview l’interpellation par le Premier ministre de tous les professionnels et industriels des énergies décarbonées, renouvelables comme nucléaire, à être exemplaire dans leur utilisation des aides accordées en ces temps de grande contrainte budgétaire. Enerplan entend parfaitement cette exigence.
Rappelons que les investissements énergétiques répondent à une logique de temps long, les professionnels ont besoin de visibilité permanente : la publication rapide de la PPE est une nécessité.
Comme le Premier ministre l’a récemment confirmé, la sortie rapide des énergies fossiles est la priorité : la décarbonation suppose une électrification significative de nos économies. Les énergies renouvelables – le solaire en tête – représentent le moyen le plus rapide et le plus compétitif pour y parvenir.
Dans ce contexte budgétaire, et face à ces enjeux financiers colossaux, Enerplan, qui représente tous les solaires, du plus petit projet aux plus grosses centrales, de l’électrique comme du thermique, est prêt à participer à tous les travaux nécessaires pour faire évoluer le système actuel de soutien de l’État à la filière, le rendre plus efficace et plus compétitif pour les consommateurs. Cette évolution devra inclure des mesures favorisant la flexibilité et le stockage, pour lesquels la France est en retard par rapport à nos voisins européens. Ces deux mesures permettront le pilotage de la production solaire et seront une réponse aux défaillances actuelles du marché. Elles sont également de nature à diminuer les coûts pour le budget de l’État. Elle devra également comprendre un volet spécifique pour favoriser la production de panneaux solaires en France. Notons que l’Italie vient de lancer un appel d’offres de 2 GW réservé aux panneaux européens. Enerplan appelle aussi au développement de l’autoconsommation. L’évolution du système de soutien à l’autoconsommation pour le résidentiel est bon un exemple de réforme et doit pouvoir s’étendre, même si le retard de la baisse de TVA et ses modalités d’application ont fragilisé le secteur.
Enfin, Enerplan soutient la transparence des coûts et des marges des acteurs de toutes les filières énergétiques appelée par le Premier ministre. Le renforcement des moyens de la CRE doit permettre la création d’un observatoire indépendant des coûts directs, des coûts induits et des marges comme le secteur de l’alimentaire a pu le faire.
Pour Daniel Bour, président d’Enerplan, « Le Premier ministre rappelle avec raison, dans son interview, la priorité qu’il y a décarboner notre pays. Il rappelle aussi la nécessité pour l’État de garantir l’efficacité des mesures prises dans un contexte budgétaire pour le moins tendu. Nous souscrivons parfaitement à cette vision en rappelant cependant que nos investissements se font sur une durée minimale de 20 ans. Le stop and go ne saurait constituer une politique en la matière : ce serait catastrophique ! Le débat politique sur l’énergie n’a pas de sens s’il se base sur des anathèmes, des approximations, voire des fake news. L’épisode du soi-disant moratoire l’illustre bien : il faut des données incontestables et vérifiables, avec le futur en ligne de mire. L’énergie n’est pas une idéologie mais le sang qui irrigue l’économie du pays. En tant que syndicat professionnel, nous partageons la volonté du Premier ministre de plus de transparence et de plus d’efficacité des fonds investis. Il manque un observatoire indépendant qui établisse de manière incontestable et transparente les éléments techniques, financiers et économiques des différentes filières. Nous suggèrerons que la CRE, autorité indépendante, reçoive les moyens de bâtir cet observatoire pour chaque énergie décarbonée. Cet observatoire devra aussi suivre les prix de marché de l’électricité et analyser ses composantes pour permettre de corriger ses défaillances manifestes et les situations de rentes indues, autant d’éléments qui pèsent sur les finances publiques comme sur le porte-monnaie de nos concitoyens. En attendant la création de cet observatoire et ses premières conclusions, la vie économique du secteur énergétique continue. Elle ne doit pas être stoppée par l’absence de visibilité. Il est donc indispensable que la PPE soit publiée au plus vite, même si elle pourrait être corrigée suite aux travaux de l’observatoire ».
Enerplan représente l’ensemble de l’offre solaire industrielle et commerciale en France (industriels, ensembliers, bureaux d’études, installateurs, architectes, énergéticiens…). Sa vocation : agir pour la promotion et le développement de l’énergie solaire. Ses missions : représenter et défendre les professionnels du solaire ; animer, structurer et promouvoir la filière solaire française.
« Non au moratoire, oui à l’agrivoltaïsme ! »
Pour France Agrivoltaïsme, la perspective moratoire sur les énergies renouvelables terrestres serait délétère pour la filière agrivoltaïque dont la montée en puissance se construit collectivement, au bénéfice des agriculteurs, des collectivités et de leurs habitants, mais aussi de nos concitoyens qui réclament majoritairement une énergie abordable, renouvelable et locale. Cette vision est d’ailleurs celle portée par la majorité des parlementaires qui, il y a seulement quelques semaines, ont rejeté largement et formellement tout moratoire sur les énergies renouvelables.
« Notre filière produit une énergie décarbonée et compétitive tout en préservant la production alimentaire : sa mise à l’arrêt serait un contresens historique majeur », déclare Olivier Dauger, co-président de France Agrivoltaïsme.
Alors que les pays du monde entier développent les énergies renouvelables et singulièrement le solaire ;
Alors que la réindustrialisation, l’attractivité de notre pays sont liées à la mise à disposition d’une énergie abondante, décarbonée et compétitive ;
Alors que l’énergie solaire est verte, souveraine et peu chère ;
Alors que l’agrivoltaïsme apporte un soutien agro-climatique pour les agriculteurs et en plus, des revenus complémentaires et de la valeur sur les territoires ;
Il serait incompréhensible et dramatique pour la France que, pour des considérations politiques de court terme, soit remise en cause l’action d’une filière vertueuse et indispensable dans la durée.
Le gouvernement doit prendre la mesure des conséquences des messages politiques contradictoires qui fragilisent la confiance des acteurs économiques et de l’ensemble des parties prenantes.
Une remise en cause des projets agrivoltaïques vertueux et bien intégrés localement, serait une menace non seulement pour la filière et ses salariés, mais aussi pour tous ceux, agriculteurs et territoires, qui en bénéficient.
Créée en 2021, France Agrivoltaïsme est la première association dédiée à l’agrivoltaïsme en France, pour soutenir les acteurs de cette nouvelle filière. Elle a pour principale mission de contribuer à construire la filière agrivoltaïque notamment grâce au travail des 5 commissions : veiller, partager et produire des éléments destinés à faire évoluer le cadre nominatif et réglementaire. L’association fédère plus de 100 membres et 15 000 affiliés répartis en 3 collèges, pour rassembler tous les acteurs de la filière agrivoltaïque Agriculture, Énergie, Technologies agrivoltaïques.
« PPE3 – Un moratoire en monnaie d’échange ‘RN-compatible’ ? Vraiment ? »
De son côté, la FNES – Fédération Nationale de l’Énergie Solaire s’interroge :
un moratoire solaire proposé au Rassemblement National pour conditionner la publication de la PPE3 ; est-ce vraiment cela, la manière dont on veut écrire l’avenir énergétique de la France ?
En fonction des postures électorales de quelques-uns, plutôt qu’à partir des besoins du pays, de la science et des contributions de terrain ?
Depuis des années, nous travaillons sans relâche pour construire un avenir énergétique sobre, durable et respectueux de l’environnement. Nos succès profitent à toutes les énergies, au réseau, aux territoires.
Comment faire une croix sur cette valeur durable pour l’intérêt général ?
Des citoyens, des collectivités, des entreprises se mobilisent pour bâtir des solutions concrètes. Que vaut alors tout ce travail, si les décisions de l’État se réduisent à des calculs politiciens, voire à des concessions idéologiques à l’extrême droite ?
Un moratoire sur le solaire et l’éolien, ce n’est pas acceptable en monnaie d’échange : c’est une remise en cause de milliers d’emplois, de la souveraineté énergétique du pays et de la crédibilité de la parole publique.
L’avenir énergétique de la France ne peut pas être “compatible” avec les peurs et les postures : il doit être compatible, avec la démocratie, la logique technique, la réalité économique, la réindustrialisation et le climat. C’est cela que nous exigeons.
La FNES – Fédération Nationale de l’Énergie Solaire a été créée pour le rappeler et unir tous les acteurs en ce sens. C’est pourquoi nous appelons tous les Syndicats mais aussi toutes les organisations territoriales à s’unir rapidement afin de défendre ensemble et collectivement notre filière contre ces agissement déraisonnés.
« Monsieur Lecornu, ne rétablissez pas par décret le moratoire que les députés ont massivement rejeté par la loi ! »
De son côté, le SER martèle qu’un tel moratoire constituerait aussi un déni énergétique, car en arrêtant brutalement la transition énergétique, ce sont les énergies fossiles qui sortiront grandes gagnantes.
« Si cette information devait être confirmée, la politique énergétique de la France vivrait un moment très grave. Le moratoire imposé par François Fillon en 2010 sur le solaire avait détruit plus de 20 000 emplois. Celui-ci pourrait en détruire bien plus. Comment peut-on imaginer de laisser à tel point le Rassemblement national définir la politique énergétique de la France ? Nous appelons l’ensemble des formations politiques à réagir pour empêcher un tel désastre », déclare Jules Nyssen, président du SER.
Le Syndicat des énergies renouvelables (SER) regroupe plus de 500 adhérents, représentant un secteur générant plus de 166 000 emplois. L’organisation professionnelle rassemble les industriels de l’ensemble des filières énergies renouvelables : bois-énergie, biocarburants, éolien, énergies marines, gaz renouvelables, géothermie et pompes à chaleur, hydroélectricité, solaire et valorisation énergétique des déchets. Le SER a pour mission de défendre les droits et les intérêts de ses membres et de resserrer les liens qui les unissent, notamment pour développer la filière industrielle des énergies renouvelables en France et promouvoir la création d’emplois et de valeur ajoutée sur le territoire national.


















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