Souveraineté de la France en matière d’IA : la filière renouvelable interpelle le gouvernement
Dans une tribune collective publiée dans Les Echos, quatre dirigeants de la filière des énergies renouvelables alertent : sans déploiement rapide et massif de capacités électriques bas carbone, la France ne pourra pas bâtir une intelligence artificielle souveraine. Signé par André Joffre, président de Tecsol, Daniel Bour, président d’Enerplan, Jules Nyssen, président du Syndicat des énergies renouvelables (SER), et Anne-Catherine de Tourtier, présidente de France Renouvelables, le texte place le solaire, l’éolien et le stockage au cœur de la souveraineté numérique.
Le raisonnement part d’un constat : l’IA est généralement présentée comme une bataille de talents, de capitaux, de semi-conducteurs et de modèles, en laissant de côté un élément central, l’électricité. Les signataires s’appuient sur l’audition d’Arthur Mensch, cofondateur de Mistral AI, le 12 mai à l’Assemblée nationale, qui résumait l’IA générative comme l’art de transformer des électrons en tokens.
« Sans électrons disponibles, compétitifs et bas carbone, il n’y aura pas d’intelligence artificielle française à l’échelle mondiale », écrivent-ils.
Selon les ordres de grandeur cités dans la tribune et attribués à Arthur Mensch, la France aurait besoin d’environ 40 GW de capacités électriques supplémentaires d’ici cinq ans pour rester dans la course mondiale à l’IA. À cet horizon, soulignent les auteurs, le « nouveau nucléaire » ne peut pas être la réponse : les premiers réacteurs de nouvelle génération ne sont pas attendus avant la fin de la prochaine décennie.
Pour les signataires, seules les filières déployables dans ces délais peuvent répondre aux besoins des centres de données : solaire, éolien, stockage et pilotage de la demande, d’éventuels moyens thermiques flexibles ne pouvant que sécuriser le système à la marge. Dans cette perspective, les renouvelables changent de statut.
« Elles ne sont plus seulement un outil de transition énergétique : elles deviennent une condition de souveraineté numérique », défend la tribune.
Les auteurs y voient un avantage rare pour la France, dont l’électricité est déjà largement décarbonée : produire des tokens sur le territoire plutôt que dans des régions alimentées au charbon ou au gaz réduirait l’empreinte climatique d’une IA qui se développera de toute façon. La vraie question, posent-ils, est de savoir où elle sera produite, avec quelle électricité, et au bénéfice de quelles chaînes de valeur.
Ils appellent enfin à intégrer cette donne dans la révision de la PPE3, prévue en 2027, dont la première version n’avait pas anticipé les besoins liés aux centres de données, et jugent la trajectoire solaire actuelle très inférieure aux volumes nécessaires. D’où un mot d’ordre, changer d’échelle : simplifier les procédures, libérer les projets solaires sur les toitures, les parkings et les centrales au sol, développer l’agrivoltaïsme, accélérer l’éolien terrestre et en mer, et massifier le stockage.
« La bataille de l’intelligence artificielle ne se jouera pas seulement dans les laboratoires, les levées de fonds ou les lignes de code. Elle se jouera aussi dans les parcs solaires et éoliens, les batteries, les postes de raccordement et le renforcement des réseaux », concluent les quatre responsables.
Lire la tribune collective publiée dans Les Echos.

Pour mettre en perspective : la consommation des datacenters pourrait tripler d’ici 2030
L’urgence électrique pointée par les signataires se mesure à l’échelle mondiale. Selon une étude du cabinet GlobalData, la consommation électrique des datacenters devrait tripler d’ici 2030, à un rythme de croissance annuel moyen de 21,1% entre 2024 et 2030, portée par l’adoption du cloud, l’explosion du trafic de données et, surtout, par l’intelligence artificielle et ses charges de calcul intensives.
Les États-Unis et la Chine concentraient respectivement 38% et 24,2% de la consommation électrique mondiale des datacenters en 2024. Cet équilibre devrait s’inverser d’ici 2030, la Chine dépassant les États-Unis. En capacité installée, elle passerait de 27% en 2024 à 35% en 2030, tandis que la part des États-Unis reculerait de 42% à 34%.
« Les datacenters reconfigurent rapidement le secteur de l’électricité. Portée par l’accélération de l’IA et du cloud, la demande électrique mondiale des datacenters a bondi. Un seul site hyperscale pouvant consommer autant qu’une petite ville, cette croissance impose des évolutions majeures sur la production, les investissements de transport et de distribution, et l’exploitation quotidienne des réseaux », souligne Rehaan Shiledar, analyste énergie chez GlobalData.
Fait notable au regard de l’argument des signataires français : la stratégie chinoise, définie en 2022, favorise l’implantation des datacenters dans l’ouest du pays, là où le foncier et les énergies renouvelables abondent.

Source : rapport « Powering Data Centers Market Report » de GlobalData, cabinet d’intelligence économique coté à Londres.












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