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Onduleurs : Washington bloque les fabricants étrangers, l’Europe cible les seuls pays à risque

Onduleurs : Washington bloque les fabricants étrangers, l’Europe cible les seuls pays à risque

La Commission fédérale des communications américaine (FCC) a inscrit le 28 juillet les onduleurs fabriqués hors des États-Unis sur sa liste des équipements présentant un risque inacceptable pour la sécurité nationale. Aucun nouveau modèle produit à l’étranger ne peut plus obtenir l’homologation exigée pour être commercialisé ou raccordé au réseau américain. Le critère retenu n’est pas la nationalité du fabricant mais le lieu de production : les Européens SMA et Fronius tombent sous le coup de la mesure au même titre que les Chinois Huawei et Sungrow, au moment précis où Bruxelles les présente comme la solution de remplacement.

L’ordre, référencé DA 26-786 et publié par le Bureau de la sécurité publique et de la sécurité intérieure de la FCC, ajoute les onduleurs de puissance produits à l’étranger à la Covered List, le registre des équipements privés d’homologation fédérale. La mesure s’applique sans période transitoire, sans clause de maintien des droits acquis et sans délai de grâce. Elle ne vise en revanche que les demandes portant sur de nouveaux modèles : les onduleurs déjà homologués peuvent continuer d’être importés, vendus et installés, comme l’a confirmé une série de précisions publiée le 29 juillet.

Le périmètre est celui des équipements connectés, c’est-à-dire disposant de capacités de communication à distance, de transmission de données ou de mise à jour de micrologiciel. Les onduleurs entièrement isolés de tout réseau de communication ne sont pas concernés. « La connectivité à distance des onduleurs introduit des vulnérabilités supplémentaires, qui se cumulent à mesure que les ressources pilotées par onduleur se multiplient sur le réseau américain. Ces vulnérabilités pourraient permettre à des entreprises étrangères d’éteindre les onduleurs, ou de s’en servir pour collecter et exfiltrer des données », justifie le texte. « Dans le sillage de l’impulsion donnée par le président Trump, la FCC continuera de jouer son rôle pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement critiques du pays », a déclaré Brendan Carr, président de la Commission.

La décision s’écarte des conclusions du ministère américain de l’énergie, qui avait passé au crible début 2026 une trentaine d’onduleurs de fabrication chinoise sans y déceler de composant matériel malveillant. Pour les autorités fédérales, le risque n’est pas dans le matériel mais dans la capacité de reprise en main à distance.

Le lieu de l’usine, pas le passeport du fabricant

C’est la définition retenue qui fait la portée du texte. « La nationalité de l’entité ou des entités produisant l’onduleur n’est pas pertinente pour déterminer si ces appareils sont produits à l’étranger », pose la FCC, qui renvoie à la notion de produit domestique du Buy American Act : 65% de contenu national en valeur jusqu’à fin 2028, puis 75% à partir de 2029.

Autrement dit, un onduleur vendu sous une marque américaine mais assemblé à l’étranger est visé, tandis qu’un fabricant étranger qui réalise son assemblage final sur le sol américain reste homologable. L’Allemand SMA et l’Autrichien Fronius sont donc logés à la même enseigne que les fournisseurs chinois, et l’Américain Enphase comme l’Israélien SolarEdge sont concernés pour ceux de leurs modèles produits hors des États-Unis. Une procédure d’autorisation conditionnelle reste ouverte auprès du ministère de la sécurité intérieure ou du ministère de la défense, au prix d’un audit de la chaîne d’approvisionnement, de l’architecture logicielle et des micrologiciels, assorti d’un calendrier contraignant de transfert de l’assemblage vers des sites américains.

Bruxelles vise un actionnariat, Washington une géographie

Les deux blocs ferment leur marché des onduleurs la même année, mais par des instruments opposés. L’Union européenne a décidé fin avril de ne plus financer les projets énergétiques recourant à des onduleurs originaires de Chine, de Russie, d’Iran ou de Corée du Nord, interdiction étendue aux produits d’entreprises détenues ou contrôlées par des entités de ces pays, et qui, précisément, ne peut pas être contournée par une délocalisation de la production ou la création d’une filiale dans un pays tiers. Elle porte sur les seuls instruments publics européens, Banque européenne d’investissement et Fonds européen d’investissement en tête.

La symétrie est inversée. L’Europe ferme la porte à un actionnariat quel que soit le lieu de production ; les États-Unis ferment la porte à un lieu de production quel que soit l’actionnariat. Le cas de Sungrow, qui investit 230 millions d’euros dans une usine polonaise de 20 GW d’onduleurs à Wałbrzych, illustre l’écart : produire en Europe ne le sortira pas du champ de la mesure européenne, mais produire aux États-Unis le sortirait de la mesure américaine.

Les fabricants présentés en solution de rechange sont eux-mêmes bloqués

L’effet le plus direct pour la filière européenne tient à ce chevauchement. Depuis un an, le Conseil européen de l’industrie solaire (ESMC) plaide que l’appareil industriel occidental est prêt à prendre le relais, chiffres à l’appui : environ 104 GWac de capacité de production d’onduleurs en Europe, complétés par plus de 120 GWac chez les fabricants des Amériques et d’Asie-Pacifique hors Chine. « L’onduleur est le cerveau de toute installation solaire. Qui contrôle le cerveau contrôle le réseau. Le débat sur la capacité de l’Europe à se passer des onduleurs à haut risque est clos : la capacité est là, les fabricants sont là, et en Europe de l’Est ils sont présents depuis quinze ans », affirmait fin juin Christoph Podewils, secrétaire général de l’ESMC.

Ces mêmes fabricants, dont Enphase, Fronius, Ingeteam, Kostal, Power Electronics, SMA, SolarEdge, Tesvolt et Vector Energy, membres fondateurs du forum onduleurs et stockage de l’ESMC, voient donc l’accès du marché américain se refermer sur leurs futures gammes au moment où l’Europe les appelle à monter en cadence. L’industrie occidentale de l’onduleur se retrouve courtisée d’un côté de l’Atlantique et bridée de l’autre.

7% du marché intérieur pour 58 GW à raccorder aux USA

Côté américain, l’équation industrielle est tendue. Les fabricants nationaux ne pèsent qu’environ 7% du marché des onduleurs photovoltaïques aux États-Unis, selon les données du ministère de l’énergie, alors que plus de 58 GW de capacités solaires et de stockage doivent être raccordés dans les prochains mois. L’impact immédiat devrait rester limité, la plupart des projets en développement reposant sur des modèles déjà homologués : le point de blocage viendra au renouvellement des gammes et à l’arrivée des générations suivantes.

S’y ajoute un effet propre aux procédures de raccordement américaines, où les conventions sont établies sur les caractéristiques précises de l’équipement retenu lors des études de réseau. Changer de modèle d’onduleur y est traité comme une modification substantielle du projet, ce qui impose une nouvelle étude et peut renvoyer le dossier dans la file d’attente, avec plusieurs mois à la clé. La Maison Blanche rattache pourtant explicitement sa décision à sa stratégie sur l’intelligence artificielle et aux besoins électriques des centres de données, que le solaire et le stockage sont censés contribuer à couvrir.

Deux décisions européennes encore pendantes

Le dispositif européen, lui, n’est pas stabilisé. Trois mois après l’annonce, la décision de la Commission n’a toujours pas fait l’objet d’une publication détaillée, et SolarPower Europe réclame des clarifications sur sa portée, dénonçant une incertitude qui retarde déjà des projets. Deux inconnues commanderont l’ampleur réelle du basculement : l’extension ou non de la restriction par les États membres à leurs propres programmes de financement, et la révision en cours de la législation européenne sur la cybersécurité, qui pourrait viser l’ensemble des onduleurs quelle que soit l’origine du financement.

« Environ 80% de la demande solaire et de stockage européenne passe par des canaux privés ou financés au niveau national, où la domination chinoise sur les onduleurs restera intacte pour le moment », rappelle Juan Monge, analyste principal chez Wood Mackenzie, dont le cabinet chiffre à 14% de la demande solaire européenne d’ici 2030 la part concernée par la mesure de Bruxelles, soit plus de 28 GWdc d’onduleurs.

L’ordre de grandeur de la dépendance donne la mesure de ce qui se joue de part et d’autre. Les fournisseurs chinois ont représenté plus de 80% des livraisons d’onduleurs en Europe en 2025, neuf des dix premiers fournisseurs mondiaux ont leur siège en Chine, et un rapport de SolarPower Europe estimait dès mai 2025 que 3 GW de capacité d’onduleurs compromis suffiraient à perturber le réseau européen.

Onduleurs photovoltaïques et cybersécurité
Crédit : ESMC

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