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Stockage : depuis le 1er août, le tarif de réseau paie les batteries qui soulagent les lignes

Stockage : depuis le 1er août, le tarif de réseau paie les batteries qui soulagent les lignes

Une composante tarifaire passée inaperçue est entrée en application le 1er août 2026 : le tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité récompense désormais les capacités de stockage qui effacent les pointes locales, et pénalise celles qui les aggravent. Le dispositif est optionnel, il ne concerne qu’une minorité de zones du territoire, et son barème n’est pas public.

Le mécanisme est simple dans son principe. Une batterie raccordée au réseau moyenne ou haute tension peut souscrire à une « composante annuelle d’injection-soutirage ». Si elle injecte de l’électricité pendant une pointe locale d’injection, un coefficient positif s’applique et sa facture de réseau augmente. Si elle soutire au même moment, le coefficient devient négatif et sa facture diminue. L’objectif affiché par la Commission de régulation de l’énergie est d’« inciter les capacités de stockage à adopter un comportement permettant de réduire les pointes locales de réseau », en injection comme en soutirage.

Ceendant, le périmètre est plus étroit que l’annonce ne le laisse penser. La CRE a découpé le territoire en zones, et la majorité d’entre elles n’est pas éligible. En haute tension, on compte 396 zones d’injection et 1588 zones de soutirage, pour 1114 zones non éligibles ; en moyenne tension, 320 et 1121, pour 794 non éligibles. Le signal ne joue que là où la contrainte est prévisible, c’est-à-dire, selon le régulateur, dans les zones de consommation résidentielle ou de production solaire. Un porteur de projet de stockage doit donc vérifier dans quelle catégorie tombe son poste source avant de bâtir son plan d’affaires, et la liste des zones est le seul document qui le lui dise.

Le dispositif s’applique sans que son montant soit connu

Ni l’actualité de la CRE, ni la délibération qui publie les zones ne donnent la valeur du coefficient. On sait qu’il s’agit d’un bonus ou d’un malus appliqué selon le moment et le sens des flux, on ignore son amplitude. L’écart est pourtant décisif : quelques centimes par kilowatt font un gadget administratif, quelques euros font un signal capable de déplacer une décision d’investissement. Une consultation publique est annoncée en 2026 pour affiner les définitions du dispositif, ce qui suggère que le paramétrage n’est pas stabilisé.

Le périmètre technique, lui, est large : outre les batteries électrochimiques, il couvre les installations hybrides associant production et stockage, l’hydrogène et les stations de transfert d’énergie par pompage. Le « stockage virtuel », qui repose sur un mécanisme comptable et non sur un équipement, en est explicitement exclu.

Trois étapes en un an : constater, couper, puis rémunérer

Cette composante prend son sens dans une séquence que la filière a vécue en direct depuis un an. En juillet, Enedis et RTE publiaient la carte des zones saturées, qui recense 239 zones fermées ou contraintes sur environ 2300 : c’était l’étape du constat. Le même mois, un arrêté divisait par dix le seuil d’arrêt de production en cas de prix négatifs, ramené à 1 MW : c’était l’étape de la contrainte, où l’on coupe la production qui déborde. Avec le TURPE 7, une troisième réponse apparaît, qui consiste à payer le stockage pour lisser plutôt qu’à couper la production pour protéger le réseau.

Ce n’est pas la première fois qu’une batterie est rémunérée pour un service rendu au système électrique : la participation aux réserves d’équilibrage existe, et Storio Energy annonçait en janvier être le premier acteur à faire participer à la réserve secondaire des batteries installées derrière le compteur de sites industriels. Ce qui change ici est de nature différente. Ce n’est plus un marché de services système qui rémunère une flexibilité, c’est le tarif d’accès au réseau lui-même qui devient un signal de lieu et d’heure. Le TURPE 7 avait déjà amorcé ce virage côté consommateurs, en déplaçant une partie des heures creuses vers l’après-midi au 1er novembre 2025 pour les faire coïncider avec la production solaire.

Le signal réglementaire arrive dans un contexte de marché qui pousse dans le même sens. Selon l’observatoire des prix publié début août par Storio Energy, juillet 2026 a établi deux records : un écart moyen quotidien entre prix haut et prix bas de 157 €/MWh, inédit depuis 2022, et un prix moyen de 95 €/MWh, soit près de 45% au-dessus de la moyenne annuelle. Depuis janvier, cet écart moyen atteint 128 €/MWh, ce que l’entreprise présente comme plus du double du coût actualisé du stockage par batterie. Trois facteurs sont avancés : des pointes de consommation à 56 GW sous l’effet de la chaleur, une disponibilité nucléaire limitée à 46 GW pendant la maintenance estivale avec jusqu’à 6 GW supplémentaires indisponibles pour contraintes climatiques, et un gaz européen porté à 60 €/MWh par les tensions géopolitiques.

« Juillet confirme un changement profond des marchés électriques. La volatilité n’est plus un phénomène hivernal. Elle devient une caractéristique de l’été. Les batteries permettent aujourd’hui aux industriels de transformer cette volatilité en un avantage économique tout en renforçant la résilience du système électrique », déclare Jean-Yves Stephan, cofondateur et directeur général de Storio Energy, une entreprise qui installe et exploite des batteries pour le compte d’industriels

Le constat rejoint celui d’une étude publiée le 13 août par le centre de réflexion Ember, qui relevait que les pics de prix se produisent en début de soirée, quand la production solaire décline alors que la climatisation fonctionne encore. C’est précisément le créneau qu’une batterie peut couvrir, et celui où une injection mal placée coûtera désormais plus cher à son exploitant dans les zones concernées.

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