Onduleurs à haut risque : SolarPower Europe réclame des clarifications à Bruxelles
SolarPower Europe réclame des clarifications à la Commission européenne sur l’exclusion des onduleurs de pays à haut risque de tous les projets financés par l’Union. Trois mois après la décision, l’association dénonce une « profonde incertitude » qui retarde déjà des projets, faute de document écrit précisant sa portée. En parallèle, Wood Mackenzie chiffre pour la première fois l’impact de la mesure : 14% de la demande solaire européenne d’ici 2030.
La décision de la Commission de bloquer les financements européens pour les projets solaires et de stockage utilisant des onduleurs venus de Chine, de Russie, d’Iran ou de Corée du Nord avait été rendue publique fin avril (voir notre article). Elle n’a toujours pas fait l’objet d’une publication détaillée. C’est précisément ce que lui reproche aujourd’hui SolarPower Europe, qui représente environ 300 membres, dont près de 90% ont leur siège en Europe.
Dans une déclaration publiée le 9 juillet, l’association estime que l’absence d’informations écrites sur la justification et la portée de la décision « retarde déjà les projets solaires à travers l’Europe, mettant en péril les objectifs de l’UE en matière d’énergies renouvelables pour 2030, tout en entravant la capacité du secteur à s’adapter ». Faute de comprendre le raisonnement de Bruxelles, poursuit-elle, les investisseurs ne peuvent prendre de décisions éclairées sur les projets, les marchés publics ou les structures de financement.
La critique porte aussi sur la méthode. L’absence de consultation préalable et d’étude d’impact « contrevient aux principes de bonne gouvernance de la Commission », juge l’association, qui redoute que les pays d’Europe centrale et orientale soient les plus durement touchés, en raison du poids des financements européens sur ces marchés et de leur dépendance aux produits venus de pays à haut risque.
Des directives claires et des calendriers de transition
SolarPower Europe demande à la Commission de publier des directives claires sur la portée de la décision, afin de lever les ambiguïtés et d’accélérer les décisions d’approvisionnement. Elle réclame aussi des outils d’application : des évaluations d’impact nationales assorties de calendriers de transition, une harmonisation accélérée des codes de réseau pour que les fabricants européens d’onduleurs puissent accéder aux marchés des États membres sans délai, et un soutien à la production européenne d’onduleurs là où il faudra monter en cadence.
L’association prend soin de ne pas contester le fond. Elle rappelle soutenir des dispositions « strictes et rigoureuses » en faveur du « Made in Europe » pour relocaliser la production d’onduleurs et de systèmes de conversion d’énergie (PCS), et avoir déjà formulé des propositions pour renforcer la cybersécurité. Son message : la politique industrielle et la cybersécurité sont deux sujets légitimes, mais qui appellent des approches distinctes.
Wood Mackenzie chiffre l’impact à 14% de la demande
La veille, le 8 juillet, Wood Mackenzie a publié la première estimation de la portée réelle de la mesure. Le cabinet évalue à environ 14% la part de la demande solaire européenne concernée entre 2026 et 2030, soit plus de 28 GWdc de demande d’onduleurs. Sur la même période, 12% des déploiements de stockage seraient touchés, le grand stockage étant le plus exposé. La mesure vise une domination écrasante : les fournisseurs chinois ont représenté plus de 80% des livraisons d’onduleurs en Europe en 2025.
Comme SolarPower Europe, le cabinet identifie l’Europe centrale et orientale comme la zone la plus exposée, les financements européens y étant plus présents. La Roumanie, la Bulgarie, la Tchéquie, les États baltes et la Grèce figurent parmi les marchés les plus concernés. L’effet déborde même les frontières de l’Union : les projets d’Afrique du Nord, du Moyen-Orient et de la région caspienne sont soumis à la restriction dès lors qu’ils bénéficient d’un financement institutionnel européen.
« Le coût n’est pas le seul facteur perturbateur », note Joe Shangraw, analyste chez Wood Mackenzie. « Les complications d’approvisionnement, les modifications de conception et le découplage forcé des systèmes intégrés batterie-onduleur constituent des difficultés supplémentaires, en particulier sur les marchés d’Europe de l’Est sensibles au prix ».
L’essentiel reste à trancher
Le chiffrage relativise autant qu’il alerte. Si seulement 14% de la demande est concernée, c’est que l’essentiel du marché échappe pour l’instant à la mesure. « Cette interdiction représente un basculement significatif, de l’ordre de 4 à 5 GW par an de demande qui se détourne des fournisseurs chinois d’ici 2030 », souligne Juan Monge, analyste principal du cabinet. « Mais il faut le remettre en contexte : environ 80% de la demande solaire et de stockage européenne passe par des canaux privés ou financés au niveau national, où la domination chinoise sur les onduleurs restera intacte pour le moment ».
Deux inconnues décideront donc de l’ampleur réelle du basculement. La première : la Commission demande aux États membres d’appliquer la même restriction aux projets financés sur leurs budgets nationaux. S’ils suivent, la part de capacité touchée augmenterait fortement. La seconde : la révision en cours de la législation européenne sur la cybersécurité pourrait étendre l’interdiction à l’ensemble des onduleurs solaires et des systèmes de conversion, quelle que soit l’origine du financement, ce qui élargirait considérablement la portée du dispositif.
« Les vraies questions sont désormais de savoir comment la Commission va réviser la législation européenne sur la cybersécurité pour traiter les onduleurs solaires comme une infrastructure critique, et si les États membres vont suivre et étendre ces restrictions à leurs propres programmes de financement », résume Juan Monge. « S’ils le font, l’ampleur de la perturbation change considérablement ».
Pour l’ESMC, « le débat est clos »
Cette demande de clarification contraste avec la position du Conseil européen de l’industrie solaire (ESMC), qui avait salué la décision dès son annonce et défend depuis que l’appareil industriel occidental est prêt. Fin juin, l’association avançait une capacité de production d’onduleurs d’environ 104 GWac en Europe, complétée par plus de 120 GWac chez les fabricants des Amériques et d’Asie-Pacifique hors Chine, et estimait que « le débat sur la capacité de l’Europe à se passer des onduleurs à haut risque est clos » (voir notre article).
Les deux organisations ne s’opposent pas frontalement : l’ESMC parle de capacité industrielle, SolarPower Europe de sécurité juridique. Mais l’écart de ton mesure la difficulté d’une décision prise sans texte publié, dans un secteur où les décisions d’approvisionnement s’engagent des années à l’avance.

Crédit : ESMC
















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