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Plan d’électrification européen : la cible de 46% fait consensus, pas la méthode

Plan d’électrification européen : la cible de 46% fait consensus, pas la méthode

La Commission européenne a présenté le 17 juillet son plan d’action pour l’électrification, qui vise à porter la part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie de 23% aujourd’hui à 32% en 2030 et 46% en 2040. Les quatre fédérations européennes qui ont réagi partagent le cap mais divergent sur deux points : faut-il une cible chiffrée, et l’électricité suffit-elle à décarboner la chaleur ?

Publié le même jour que la révision du marché carbone européen, qui a capté l’attention de la presse généraliste, le plan d’action pour l’électrification s’accompagne d’un paquet législatif portant sur la fiscalité de l’énergie, les tarifs de réseau et les raccordements dans les réseaux saturés. Le plan lui-même est une communication, sans contrainte juridique.

La Commission fixe un cap chiffré : la part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie de l’Union doit passer de 23% aujourd’hui à 32% en 2030, valeur de référence déjà posée par le Pacte pour une industrie propre, puis à 46% en 2040, à titre indicatif. Atteindre ce dernier niveau réduirait la facture d’importations d’énergies fossiles de l’Union de 260 milliards d’euros par an. Le plan décline l’effort par secteur à l’horizon 2040 : le transport routier passerait de 2% à plus de 40%, les bâtiments et le chauffage de 26% à 50%, les procédés industriels de 26% à 38%.

Le levier central est fiscal

La mesure la plus concrète ne porte pas sur la production mais sur le prix relatif de l’électricité et du gaz. La Commission propose de plafonner les prélèvements de réseau sur l’électricité et de basculer la fiscalité environnementale vers le gaz fossile, afin de rendre l’électricité structurellement moins chère que la molécule. S’y ajoutent un dispositif de leasing social pour les véhicules électriques et des mesures de réduction du risque sur l’investissement dans les pompes à chaleur. Le texte réaffirme aussi la trajectoire du stockage, d’environ 55 GW installés en 2026 à 200 GW en 2030 puis 400 GW en 2040.

La filière photovoltaïque approuve et réclame du stockage

SolarPower Europe salue un texte qui place l’électrification au cœur de la stratégie économique européenne, et relève la reconnaissance du stockage par batteries, de la flexibilité et d’un usage plus intelligent du réseau dans la construction des tarifs. L’association pose toutefois une condition de mise en œuvre.

« L’avenir de l’Europe fonctionne à l’électricité. Le plan d’action présenté aujourd’hui place l’électrification résolument au cœur de la stratégie économique européenne, avec un objectif d’électrification de 46% à l’échelle de l’Union pour 2040, soit un doublement des taux actuels. La Commission a également pris des mesures importantes pour corriger le déséquilibre fiscal entre l’électricité et les combustibles fossiles. Concrétiser cet objectif exige toutefois des financements clairs : le dispositif de 30 milliards d’euros adossé au marché carbone et la Banque de décarbonation industrielle dotée de 100 milliards devraient explicitement viser l’électrification », déclare Walburga Hemetsberger, directrice générale de SolarPower Europe.

L’association demande dans la foulée des mesures dédiées au déploiement du stockage par batteries et des solutions de flexibilité non fossiles, qu’elle présente comme « la voie la plus rapide vers des prix de l’électricité structurellement plus bas », et souhaite que les instruments financiers adossés au marché carbone servent aussi à réduire le risque des investissements dans les batteries.

Les énergéticiens allemands contestent le principe même de la cible

La divergence la plus nette vient du BDEW, la fédération allemande des industries de l’énergie et de l’eau, qui conteste non pas le contenu du plan mais son instrument principal.

« Nous ne jugeons pas nécessaire un objectif d’électrification autonome. Ce qui est décisif pour l’Europe, c’est un objectif ambitieux en matière d’énergies renouvelables. Pour le secteur énergétique, il est clair que l’électrification est une brique centrale pour concilier protection du climat, compétitivité et résilience. Mais l’électrification ne réussit pas par des quotas, elle réussit par des conditions-cadres et des mesures adaptées. De nouveaux objectifs s’accompagnent de discussions sur les objectifs et de bureaucratie, qui coûtent du temps et des ressources sans transformer un seul procédé », explique Kerstin Andreae, présidente de la direction générale du BDEW.

La fédération allemande approuve en revanche le volet législatif publié le même jour sur les tarifs de réseau et la fiscalité de l’énergie, y voyant le moyen de rendre les alternatives électriques, voitures et pompes à chaleur, plus attractives. Elle défend enfin la complémentarité des gaz renouvelables et bas carbone, nécessaires selon elle pour les procédés à haute température, les usages matière et la fonction de secours du système.

Le front de la chaleur : la moitié de la consommation européenne

La seconde ligne de fracture porte sur le périmètre. Solar Heat Europe, l’association européenne de la chaleur solaire dont Enerplan est membre, accueille favorablement le plan mais regrette que le plan d’action pour le chauffage et le refroidissement, annoncé dans le texte, soit une nouvelle fois repoussé. Les deux documents auraient dû sortir ensemble, estime-t-elle, pour donner à voir un système énergétique intégré.

L’argument de fond est arithmétique : la chaleur représente environ la moitié des besoins énergétiques de l’Europe, et l’électrification devra dans le même temps absorber la croissance de la demande des centres de données et des véhicules électriques. L’association plaide donc pour un déploiement parallèle des technologies de chaleur renouvelable directe, dont le solaire thermique, qui allège la charge sur les réseaux électriques. Elle réclame un indicateur de performance dédié au solaire thermique et un soutien aux technologies produites en Europe.

« Un objectif d’électrification envoie un signal fort, mais il n’est qu’une partie de la réponse vers la neutralité climatique, et il ne doit pas se faire au détriment d’objectifs ambitieux en matière d’énergies renouvelables. Si l’Europe prend au sérieux la sécurité énergétique et l’accessibilité des prix, elle doit exploiter le potentiel de toutes les technologies propres, en particulier le solaire thermique, qui sont prêtes à produire dès aujourd’hui », souligne Valérie Séjourné, directrice générale de Solar Heat Europe.

« Le solaire thermique est l’une des technologies clés pour décarboner la chaleur, et nos fabricants européens sont prêts à produire à l’échelle nécessaire. Ce qu’il nous faut maintenant, c’est un cadre politique qui promeut toutes les solutions de chaleur renouvelable, et non un cadre qui laisse de côté une technologie propre éprouvée comme la nôtre, fièrement fabriquée en Europe », ajoute Guglielmo Cioni, président de l’association.

Les réseaux de chaleur y trouvent leur compte

Euroheat & Power, qui représente les réseaux de chaleur et de froid, livre la lecture la plus favorable. Le plan vise à couvrir 15% de la demande de chaleur de l’Union par ces réseaux d’ici 2030, et annonce deux initiatives complémentaires : un dispositif européen sur la chaleur fatale, avec l’objectif d’en tirer 11% de la demande de chaleur d’ici 2050, et le plan chauffage-refroidissement attendu par la filière thermique. Une première enchère pilote de 15 millions d’euros, via l’European City Facility, financera des plans locaux de chaleur et de froid.

« Le document publié aujourd’hui est équilibré, en ce qu’il exploite le potentiel considérable des réseaux de chaleur et de froid pour accélérer l’électrification, tout en laissant la place à des instruments dédiés dans un plan d’action chauffage-refroidissement. C’est une excellente nouvelle et cela envoie les bons signaux pour la croissance de notre secteur, même si le cadre postérieur à 2030 sera également déterminant pour la stabilité réglementaire et le soutien à l’investissement », commente Pauline Lucas, directrice des politiques d’Euroheat & Power.

L’association apporte au passage le chiffre qui relativise l’ensemble : l’électrification marque le pas en Europe. Ses adhérents font exception, avec des capacités de pompes à chaleur en hausse de 19,6% et de chaudières électriques de 55% entre 2023 et 2024, et une part d’énergies renouvelables et de chaleur fatale portée à un niveau record de 46,2% en 2024. Une étude qu’elle cite estime que le chauffage urbain pourrait couvrir 55% du marché européen de la chaleur d’ici 2050, au prix de 1160 milliards d’euros d’investissement dans les infrastructures.

Le plan d’action n’a pas de portée contraignante, mais le paquet législatif qui l’accompagne, lui, part au Parlement européen et au Conseil en procédure ordinaire. C’est sur ce texte, et non sur la communication, que se jouera l’essentiel : le plafonnement des prélèvements de réseau sur l’électricité et la bascule de la fiscalité vers le gaz. La question posée par le BDEW, celle de savoir si une cible chiffrée ajoute quelque chose à des conditions-cadres bien construites, sera tranchée là.

Plus d’infos : communiqué de la Commission européenne du 17 juillet 2026, page Électrification de la Commission

Conférence de presse de la Commission européenne sur le plan d'action pour l'électrification, le 17 juillet 2026
Teresa Ribera, Dan Jørgensen et Wopke Hoekstra présentent le plan d’action pour l’électrification et la révision du marché carbone, le 17 juillet 2026 à Bruxelles. Crédit : © Union européenne 2026.

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