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Industrie solaire : la Fondation Jean-Jaurès mise sur les partenariats chinois pour relancer la filière française

Industrie solaire : la Fondation Jean-Jaurès mise sur les partenariats chinois pour relancer la filière française

Dans un rapport publié le 9 septembre, la Fondation Jean-Jaurès et le think tank Strategic Perspectives plaident pour faire de la France une « électro-puissance », en substituant l’électricité décarbonée produite sur le territoire au gaz et au pétrole importés. La filière photovoltaïque n’y figure pas parmi les bastions de l’industrie verte mais parmi les filières à construire, et les auteurs, qui tirent la leçon de l’échec de Carbon, misent sur HoloSolis et son partenaire chinois pour relancer la fabrication de panneaux en France.

Signé par Neil Makaroff, directeur et cofondateur de Strategic Perspectives, et par ses analystes Tristan Beucler et Marin Gillot, le rapport part d’un paradoxe : la France produit une électricité décarbonée à 95%, mais celle-ci ne couvre qu’un quart de sa consommation finale d’énergie, quand le pétrole et le gaz en représentent près de 60%. Les auteurs proposent de porter la part de l’électricité à 40% à la fin du prochain quinquennat et à 50% en 2040, d’équiper 8 millions de logements en pompes à chaleur et 7 millions d’automobilistes en véhicules électriques d’ici 2032, et chiffrent à 52 milliards d’euros d’argent public d’ici 2030 l’effort nécessaire. Ils recensent 160 sites et 168 272 emplois industriels liés à la décarbonation, un nombre qui pourrait doubler pour atteindre 354 778 salariés en 2032.

Dans ce panorama, le solaire occupe une place à part. Les trois « bastions » de l’industrie verte que le rapport identifie sont la batterie, avec la « vallée » du Dunkerquois, l’éolien en mer et la pompe à chaleur. Le photovoltaïque est rangé, avec le recyclage des matériaux critiques et les carburants de synthèse, dans les « filières stratégiques de demain ». « Alors que la France était l’un des leaders dans son développement technologique au tournant des années 2010, le revirement des politiques publiques a cassé la dynamique et abandonné la filière à la Chine », écrivent les auteurs, qui rappellent que celle-ci produit près de 80% des panneaux dans le monde. Les projets de relance, « à l’instar de Carbon à Fos-sur-Mer », ont selon eux « été abandonnés faute de protections suffisantes contre la concurrence déloyale ». La carte des projets de l’industrie verte qui accompagne le rapport fait d’ailleurs figurer Fos-sur-Mer et ses 3818 emplois sous le pictogramme « projet annulé », Carbon ayant renoncé à sa gigafactory en mai.

Attirer les investisseurs chinois, en échange d’une préférence européenne

Le projet d’HoloSolis à Hambach « pourrait avoir plus de chances, car il bénéficie d’un partenariat avec un producteur chinois, permettant une mise à l’échelle technologique rapide », poursuit le rapport, qui attend 2000 emplois « dès 2028 ». Le partenaire n’est pas nommé : il s’agit de Trinasolar, dont l’accord de coopération stratégique avec HoloSolis a été officialisé le 4 décembre 2025, après un accord de licence sur sa technologie de cellules TOPCon. Les auteurs en tirent une ligne : « La France ne peut pas toujours construire des filières industrielles seules. Attirer les investisseurs étrangers, en particulier de Chine, pour rattraper le retard technologique fait également partie des solutions à explorer ». Ils recommandent une préférence européenne « dès qu’un euro d’argent public est en jeu », appels d’offres renouvelables compris, qui « devrait multiplier ce type de partenariats stratégiques » en offrant « un accès aux marchés européens pour les entreprises chinoises » en contrepartie d’une accélération technologique pour les entreprises françaises. La position rejoint celle que Bercy vient de prendre pour les ombrières de parking, dont le report jusqu’en 2030 exige des modules assemblés dans l’Espace économique européen, sans condition sur l’origine des capitaux.

Parkings, stockage, TVA : les mesures qui concernent la filière

Le rapport consacre peu de place au déploiement du solaire lui-même, dont il constate le niveau record tout en notant que le parc français reste « comparable à celui des Pays-Bas », pour un pays qui dispose du second gisement solaire d’Europe. Il range parmi les « impératifs stratégiques » le fait de mieux calibrer les soutiens publics, de raccourcir les délais administratifs et de faire appliquer les obligations de solarisation des grandes surfaces et des parkings. Sur le stockage, la France et ses 0,52 GW de batteries sont comparés à l’Allemagne (2,8 GW) et à l’Italie (2 GW) : les auteurs proposent un objectif de près de 8 GW en 2032, ainsi que des garanties publiques pour les contrats d’achat d’électricité de long terme (PPA), sur le modèle espagnol où ces contrats, « portés par le solaire », financent une part croissante des nouvelles capacités. Côté fiscalité, ils recommandent de conforter la TVA à 5,5% sur l’installation de panneaux photovoltaïques et de l’étendre aux systèmes de stockage résidentiels, aux véhicules électriques et aux bornes de recharge, et de baisser l’accise sur l’électricité d’environ 9 euros par MWh en relevant celle sur le gaz et le fioul de 6,5 euros par MWh. Le rapport rappelle enfin que les renouvelables ont généré 2,17 milliards d’euros de retombées fiscales locales en 2024, selon le Syndicat des énergies renouvelables.

Le document s’inscrit dans la perspective de la présidentielle de 2027 et met en garde contre un « revirement politique » sur la décarbonation : le moratoire sur le solaire et l’éolien adopté par amendement à l’Assemblée nationale en juin 2025, puis rejeté avec l’ensemble du texte le 24 juin, aurait selon les auteurs « conduit à la destruction directe de plus de 82 900 emplois ». C’est la seconde fois que le think tank chiffre l’industrie verte française : en juillet 2024, à la veille des législatives, il comptait 85 670 emplois et en projetait 177 300 à l’horizon 2035, sur un périmètre depuis élargi aux matériaux critiques, aux isolants et aux carburants de synthèse. Il annonçait alors l’ouverture des usines solaires de Hambach et de Fos-sur-Mer en 2027 et 2028. Deux ans plus tard, la seconde est annulée et la première n’annonce plus ses premiers modules avant 2028.

Consulter le rapport « Électro-puissance » sur le site de la Fondation Jean-Jaurès.

Carte de France des principaux projets de l'industrie verte, rapport Électro-puissance
Carte des principaux projets de l’industrie verte publiée dans le rapport : Fos-sur-Mer y figure sous le pictogramme « projet annulé ». Crédit : Strategic Perspectives / Fondation Jean-Jaurès

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