Carbon renonce à son projet de gigafactory
La start-up industrielle Carbon jette l’éponge. Dans un communiqué publié ce mardi 19 mai, elle renonce à son projet de gigafactory de panneaux solaires à Fos-sur-Mer et incrimine le manque de volonté de l’Europe à lutter efficacement contre la concurrence chinoise. Tous les espoirs reposent désormais sur les épaules d’Holosolis, l’autre grand projet de gigafactory de panneaux solaires en France.
On allait voir ce qu’on allait voir : initiative française à dimension européenne, réunissant entrepreneurs, industriels et experts de l’énergie solaire, Carbon avait l’ambition de participer à la réindustrialisation de la France et de l’Europe en structurant une filière industrielle compétitive. Concrètement, son projet était de construire une giga-usine pour produire plus de 10 millions de panneaux photovoltaïques par an, soit l’équivalent des besoins domestiques en électricité de plus d’un million de foyers français. Carbon comptait créer 3000 emplois directs et durables, ainsi qu’au moins 9000 emplois indirects pour l’écosystème régional et national ; et enfin, décarboner l’économie en évitant 4 millions de tonnes de CO2 émises chaque année. Las ! L’entreprise, qui devait mobiliser 1,7 milliard d’euros sur 4 ans, reconnaît ne plus avoir les moyens d’obtenir les ressources additionnelles requises pour la poursuite de son projet.
« Après plus de quatre années d’engagement au service d’un projet industriel d’envergure, au coeur des enjeux de transition énergétique et de réindustrialisation de la France, nous devons aujourd’hui annoncer une décision difficile : celle de mettre un terme au projet Carbon », annonce le communiqué de l’entreprise. Et de poursuivre :
« Carbon était né avec l’ambition de contribuer à l’émergence d’une filière photovoltaïque européenne durable, souveraine et compétitive. Cette volonté reposait sur la construction d’outils industriels de grande ampleur, dont une giga usine, condition indispensable pour atteindre des niveaux de coûts compétitifs à l’échelle mondiale. Un projet d’une telle ampleur exigeait également, sur quelques années, l’existence d’un marché spécifiquement dédié aux acteurs européens et soutenu par les États membres, afin d’accompagner la montée en puissance industrielle et de compenser les surcoûts inhérents à cette phase d’apprentissage.
Malgré l’affirmation, dès 2023, d’une volonté politique de l’Union européenne et de ses États membres de réindustrialiser et de relocaliser la chaîne de valeur photovoltaïque, la concrétisation de ces ambitions progresse très lentement. L’objectif du NZIA (Net Zero Industry Act), adopté en juin 2024, s’est limité à diversifier les chaines d’approvisionnement sans créer de préférence pour une production européenne. Parallèlement, en mars 2026, l’IAA (l’Industry Acceleration Act) élargit le périmètre du « Made in Europe » à l’ensemble des pays disposant d’un accord de libre-échange avec l’UE – incluant potentiellement la Turquie, le Vietnam ou encore l’Inde – et repousse l’introduction d’une préférence européenne à 2030.
Ces évolutions illustrent les divergences persistantes entre États membres quant à la création d’un marché photovoltaïque strictement européen. Le processus législatif se poursuit, mais aucune visibilité n’existe aujourd’hui sur l’émergence d’un tel marché: ni sur son calendrier, ni sur son périmètre, ni sur ses règles. Il faudra encore attendre au moins une année, sans garantie que la législation permette in fine la mise en place d’un marché véritablement souverain.
Dans ce contexte, malgré les nombreuses marques d’intérêt pour accompagner le projet et malgré tout ce que l’équipe de Carbon a accompli, le manque de visibilité sur le marché potentiel et les incertitudes quant à l’alignement de l’engagement européen et français ne permettent pas de réunir, dans des délais compatibles, les conditions nécessaires à la sécurisation des financements indispensables à sa poursuite. Faute de perspectives suffisamment établies pour engager les ressources additionnelles requises, nous avons donc pris la décision d’arrêter le projet. Un choix difficile, mais rendu inévitable par l’absence de conditions permettant de le mener à bien. Nous restons convaincus que le travail accompli, les partenariats noués et la dynamique collective engagée constituent une base solide pour de futures initiatives. Ils démontrent qu’avec un engagement fort et coordonné en faveur d’un véritable “made in Europe”, il est possible de faire émerger des acteurs industriels compétitifs à l’échelle mondiale. Nous adressons nos remerciements sincères à l’ensemble des collaborateurs, partenaires, investisseurs, acteurs publics et territoires qui nous ont accompagnés et soutenus tout au long de cette aventure. L’histoire s’arrête ici, mais nos convictions demeurent », conclut le communiqué de Carbon.
Implantée sur la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), la giga-usine de Carbon devait s’étendre sur 45 hectares, avec 290 000 m² d’installations industrielles. Elle a été déclarée Projet d’Intérêt National Majeur (PINM) par l’Etat et était soutenue par France 2030, la Région Sud – Provence-Alpes-Côte d’Azur, la Métropole Aix-Marseille-Provence et le Grand Port Maritime de Marseille.















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