Réactions de la profession : entre satisfaction, soulagement et… déception
Florilège des réactions de la CRE, des organisations et clubs professionnels de la filière et d’Enerfip à la publication de la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) qui fixe la stratégie énergétique de la France pour la période 2026-2035.
Enerplan salue cette publication très attendue, qui va donner aux filières énergétiques le cadre indispensable des prochaines années. L’organisation professionnelle note cependant un recul des objectifs pour le solaire par rapport aux 54 GW qui avaient été mis initialement dans la concertation pour 2030. Au-delà des objectifs photovoltaïques, Enerplan se réjouit de la confirmation du Plan national d’actions pour la chaleur solaire, qui prévoit d’atteindre 10 TWh de production en 2035.
« La filière solaire voit le brouillard s’estomper malgré cette baisse d’objectif. Le plafond d’appels d’offres inscrits dans la PPE de 2,9 GW annuels de 2026 à 2028 va permettre aux entreprises de poursuivre le développement de nouvelles capacités solaires et de planifier leur développement pour les prochaines années. Le texte évoque en effet un objectif de 2,9 GW pour les années 2026 à 2028 avec une continuité dans le rythme de la PPE2, ce qui correspondrait à une programmation annuelle de 3,6 GWc, avec un plafond de 2,9 GWc d’appels d’offres et 0,7 GWc de soutien public en guichet », souligne le communiqué de l’organisation professionnelle.
Les appels d’offres doivent être confirmés cette semaine d’après les déclarations du ministre le vendredi 13 février. Enerplan salue la réponse à sa demande d’une sortie rapide des cahiers des charges des appels d’offres et de visibilité sur le calendrier.
La souveraineté passe également par la reconstitution de filières industrielles en France, qui ont besoin de ces objectifs pour se concrétiser et de mesures rapides pour permettre ce renouveau industriel.
Pour Enerplan, la France est aujourd’hui dans une situation favorable pour engager le grand plan d’électrification annoncé. Notre pays dispose des ressources solides d’électricité et de chaleur bas carbone nécessaire à la sortie de la dépendance aux énergies fossiles, qui coûtent chaque année à la France plusieurs dizaines de milliards d’euros. Le solaire est un levier crucial pour y parvenir.
« Enfin, la PPE3 est publiée et c’est une excellente nouvelle. J’espère que cela signifie la fin des débats stériles, dogmatiques et inconsistants sur l’énergie auxquels nous assistons depuis plusieurs années. Nous attendions avec impatience ce texte, qui reflète un point d’équilibre. Cependant je suis déçu par le volume qui ne correspond pas à nos attentes, en régression par rapport aux volumes prévus au démarrage des discussions sur la PPE. Il nous faut maintenant travailler rapidement pour assurer une insertion optimale sur le réseau des nouvelles capacités. Il nous faut parallèlement améliorer le prix capté par le solaire grâce au développement du stockage, qu’il soit colocalisé ou non. Ce chantier est primordial pour améliorer la compétitivité du solaire », a commenté Daniel Bour, président d’Enerplan.
Pour sa part, le Syndicat des énergies renouvelables (SER) estime qu’il convient désormais de traduire la PPE 3 sur le terrain, en relançant très vite les appels d’offres renouvelables à l’arrêt depuis plusieurs mois, sans sacrifier aucune filière.
S’agissant du solaire, l’objectif fixé pour 2030, de 48 GW, correspond à un ralentissement du marché de ces deux dernières années, mais évite de mettre la filière à l’arrêt. « Là aussi, il sera essentiel de pouvoir relancer très vite les appels d’offres pour l’ensemble des segments de marché : appels d’offres simplifiés, appels d’offres sur bâtiment, appels d’offres pour le solaire au sol. Ceci contribuera à faciliter l’implantation des projets de giga usines de production de composants solaires. Les annonces confirment également la relance des concertations afin de faire aboutir les PPE régionales dans les zones non-interconnectées », souligne le communiqué du SER.
Enfin, le gouvernement annonce une grande initiative en faveur de l’électrification des usages, avec des mesures concrètes d’ici mai 2026.
« Je remercie le Premier ministre pour la lucidité dont il a fait preuve en publiant la PPE 3. Alors que certains souhaitaient mettre en France la transition énergétique sur pause, au profit des énergies fossiles dont nous restons encore trop dépendants, cette publication permettra de poursuivre le développement des énergies renouvelables qui reste absolument nécessaire. C’est une bonne nouvelle pour notre souveraineté énergétique et économique, et c’est une bonne nouvelle pour le climat », déclare Jules Nyssen, président du SER.
« Il est cependant urgent que cette PPE se traduise maintenant sur le terrain : nous appelons ainsi le gouvernement à publier sans délais les appels d’offres prévus afin de rassurer les entreprises et les salariés qui ont exprimé de très fortes inquiétudes ces dernières semaines. Nous serons notamment très vigilants sur la filière de l’éolien terrestre, dont l’avenir dépend de la capacité à développer de nouveaux projets », ajoute- t-il. Et de conclure, « aujourd’hui, la guerre des religions a été enterrée par le Premier ministre, l’équipe de France des énergies a été constituée. Tous ensemble nous devons unir nos efforts pour réussir la décarbonation de notre pays et la conquête de notre souveraineté énergétique ».
Pour la Fédération Nationale de l’Énergie Solaire, avec 48 GW pour le solaire, la PPE3 se rapproche du scénario R3 de RTE que la FNES avait jugé « acceptable ». « C’est un premier soulagement avant la suite. Car si les volumes sont annoncés, il faut maintenant savoir comment ils seront ventilés pour l’intégralité de la filière. Ceci afin de garantir une allocation de volumes qui permettent le maintien durable de l’emploi, la valorisation dans les territoires et la priorisation des projets exemplaires », souligne sur son compte LinkedIn la jeune fédération.
De son côté, la CRE salue la publication de la Programmation pluriannuelle de l’énergie 3 (PPE3). Par ailleurs, elle apporte son éclairage à Thierry Tuot et Jean-Bernard Lévy dans le cadre de leur mission relative à l’optimisation des soutiens publics aux énergies renouvelables électriques et au stockage d’électricité. Dans un contexte budgétaire contraint, la CRE considère en effet essentiel de trouver le bon ajustement permettant de continuer à développer les énergies renouvelables tout en limitant leur impact sur les finances publiques. Elle a d’ailleurs fait de nombreuses propositions en ce sens en 2025, notamment dans le cadre de ses rapports consacrés aux PPA et au complément de rémunération.
La CRE est convaincue qu’atteindre nos objectifs de décarbonation requiert de réduire notre consommation d’énergie d’origine fossile (encore 60% du mix français). C’est pourquoi il est indispensable d’électrifier massivement les usages, qu’ils soient industriels ou domestiques. Elle est donc très favorable à l’élaboration d’un grand plan d’électrification, qui aura en particulier pour conséquence d’augmenter la demande d’électricité. Dans cette perspective, la CRE a également été auditionnée par le Député du Haut-Rhin Raphaël Schellenberger dans le cadre de sa mission visant à identifier, analyser et lever les freins à l’électrification des industries en France.
Enfin, au travers de sa mission de régulation des réseaux, la CRE restera vigilante quant au juste dimensionnement des investissements pour renouveler et moderniser les réseaux qui doivent l’être, adapter ces derniers au changement climatique et accompagner, au bon niveau, l’augmentation de la demande.
Pour Enerfip, spécialiste du financement participatif dédié à la transition énergétique, cette PPE3 présente un double visage : elle apporte un cadre attendu et offre une visibilité minimale à court terme, mais elle marque également un recul tangible de l’ambition française en matière d’énergies renouvelables.
Pour le solaire, avec un objectif fixé à 48 GWc installés en 2030, contre environ 30 GWc aujourd’hui, la PPE3 implique un rythme moyen d’environ 3,5 GWc supplémentaires par an. Un chiffre en décalage avec la dynamique des deux dernières années : près de 6 GWc raccordés en 2025 et 5 GWc en 2024.
La trajectoire proposée acte ainsi une diminution du rythme de déploiement du photovoltaïque, alors même que la filière a démontré sa capacité à accélérer.
Pour la première fois, une PPE est assortie d’une clause de revoyure fixée à 2027, qui coïncide avec la prochaine échéance présidentielle. Il est donc probable que cette programmation fasse l’objet d’une nouvelle révision dans un délai très court, ce qui fragilise la visibilité à moyen terme pourtant indispensable à l’ensemble de la filière.
La PPE3 affiche un objectif de production d’électricité décarbonée compris entre 650 et 693 TWh en 2035, soit plus de 40% de plus qu’aujourd’hui. Cependant, les six EPR mentionnés dans cette programmation ne devraient pas être mis en service, selon les scénarios les plus optimistes, avant 2042. Par ailleurs, leur coût global et leurs modalités de financement restent à préciser. Dans ce contexte, comment atteindre un tel niveau de production sans un recours plus ambitieux et plus massif aux énergies renouvelables ?
« Cette PPE3 a le mérite d’éviter un effondrement brutal du secteur en donnant un minimum de cap à court terme. Mais elle traduit aussi une perte d’ambition préoccupante, notamment sur le solaire. La France a besoin d’un cap clair, stable et cohérent pour réussir sa transition énergétique. Or, avec une clause de revoyure dès 2027 et des hypothèses industrielles encore incertaines, cette PPE ressemble davantage à un compromis politique visant à satisfaire, qu’à une véritable boussole énergétique », déclare Julien Hostache, président et cofondateur d’Enerfip.
Pour Qualit’EnR, organisme de qualification de référence pour les professionnels de l’électricité, du chauffage et de la production d’eau chaude dans le bâtiment, la signature par le Premier ministre de la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3), qui fixe la feuille de route énergétique de la France pour les dix prochaines années, ouvre une nouvelle phase structurante pour la transition énergétique. Elle s’accompagne d’objectifs ambitieux qui tablent sur une augmentation significative de la contribution des énergies renouvelables en portant à 60% la part d’énergies décarbonées dans la consommation française d’ici 2030 et plus encore à échéance 2035.
« Il s’agit purement et simplement de renverser la table par rapport à 2024 année durant laquelle les énergies fossiles comme le pétrole et le gaz représentent 60% de la consommation énergétique du pays et ont coûté 64 milliards d’euros d’importations à la France. Après une année 2025 compliquée, marquée par les perspectives d’un moratoire sur le photovoltaïque, le financement à géométrie variable des dispositifs RGE, Qualit’EnR se félicite que cette PPE3 soit connectée avec ambition aux enjeux concrets des filières du bâtiment et de la mobilité », indique André Joffre, président de Qualit’EnR.
De son côté, l’Alliance pour l’énergie locale dénonce un recul pour les énergies renouvelables électriques portées localement !
Avec près de trois ans de retard, le gouvernement a publié vendredi 13 février, dans un décret au Journal Officiel la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie fixant la feuille de route opérationnelle de la France en matière d’énergie. Alors qu’elle était très attendue par le secteur de la transition énergétique territoriale pour que la France puisse enfin affirmer son ambition en matière de souveraineté énergétique et de sortie des énergies fossiles, l’Alliance pour l’énergie locale, regroupant 12 organisations de la société civile, dénonce, sur la base des premiers éléments, un non-sens total en matière de production d’énergies renouvelables électriques portées localement.
La part des énergies renouvelables est totalement fondue et invisibilisée dans un objectif global d’énergies décarbonées (laissant une grande place pour le nucléaire) allant à l’encontre de la directive européenne sur les énergies renouvelables. Cet objectif est donc inférieur aux engagements pris par la France au niveau européen, alors que la Commission européenne préconise l’atteinte de 44% d’énergies renouvelables dans la consommation finale française d’ici 2030.
Pour Béatrice Delpech, directrice générale adjointe d’Enercoop, membre de l’Alliance pour l’énergie locale : « La France doit accélérer le développement de toutes les énergies renouvelables pour sortir des énergies fossiles et fissiles et bâtir sa souveraineté énergétique. Elle ne peut faire l’impasse sur des technologies renouvelables, matures, ayant fait leur preuve et qui représente une source de financement indispensable pour les territoires ».
En raison des richesses partagées matérielles et immatérielles que génèrent les projets locaux d’énergies renouvelables pour les territoires, l’Alliance pour l’énergie locale demande de multiplier par 3 la part des projets aux mains des collectivités et des citoyens d’ici 2030 et par 11 d’ici 2035, pour passer de 1,7 TWh actuellement à 5 TWh en 2030 puis 20 TWh en 2035 (soit 5% de l’ensemble des projets d’énergies renouvelables).

L’Alliance pour l’énergie locale réunit 12 acteurs engagés dans les domaines de la protection de l’environnement, de l’énergie, des territoires et de l’économie sociale et solidaire : le réseau Cler, Énergie Partagée, le Réseau Action Climat, Enercoop, Energy Cities, France Nature Environnement, Greenpeace, WWF, Le Labo de l’ESS, ESS France, FNCCR, AMORCE.
À la lecture des grandes orientations de cette feuille de route, la SunTech, qui représente plus de 100 entreprises du solaire en France, rappelle un principe essentiel : la réussite de la transition énergétique repose sur l’organisation d’un mix bas carbone complémentaire, et non sur l’opposition entre nucléaire et solaire.
Opposer nucléaire et solaire constitue un faux débat. Le nucléaire demeure un pilier historique de la production d’électricité bas carbone en France. Le solaire, de son côté, est une énergie locale, rapide à déployer et désormais compétitive, appelée à jouer un rôle croissant dans l’équilibre du système. La PPE doit avant tout organiser leur complémentarité.
Grâce aux solutions de stockage, de pilotage intelligent de la consommation et de flexibilité, l’intégration du solaire peut aujourd’hui être anticipée et maîtrisée. Le solaire n’est pas un facteur de déséquilibre du système électrique : il en est un outil d’optimisation, à condition que son rôle soit clairement défini et accompagné.
« Le développement du solaire est un sujet d’organisation du système électrique. Stockage, pilotage et flexibilité permettent aujourd’hui d’articuler efficacement les différentes sources de production », commente Jean Bastin, expert énergie chez Ensol.
Pour la SunTech, la PPE 3 doit avant tout offrir un cadre clair et cohérent, capable d’aligner objectifs climatiques, impératifs industriels et sécurité d’approvisionnement. C’est dans cette logique de complémentarité et de pragmatisme que la France pourra réussir sa transition énergétique, au service de l’intérêt général.
La Suntech est un réseau national d’acteurs engagés pour accélérer l’adoption et l’innovation des technologies solaires en France. Fondée en 2024 à l’initiative d’Ensol, en collaboration avec des partenaires tels que Solteo, Kolverr et Enrise, la Suntech rassemble une cinquantaine d’entreprises du secteur photovoltaïque, allant des start-ups aux industriels, en passant par des organismes de formation et des bureaux d’études.

















LA SELECTION DES LECTEURS