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Centrale thermique de Dégrad-des-Cannes en Guyane : le SER propose une solution 100% EnR

La Guyane s’apprête à construire une nouvelle installation de production électrique basée sur les énergies fossiles en remplacement de la centrale thermique de Dégrad-des-Cannes, près de Cayenne, exploitée par EDF. La Commission Régions Ultramarines du Syndicat des énergies renouvelables (SER) juge, elle, ce projet inadapté et incompatible avec les ambitions affichées par notre pays en matière de lutte contre le changement climatique … et propose une alternative photovoltaïque à moindre coût, basée sur une capacité de production d’électricité solaire de 260 MWc et sur (au moins) 1000 MWh de stockage. Le gain économique versus un moyen de production conventionnel serait de l’ordre de 30%*.

Le site actuel de Dégrad-des-Cannes est vieillissant et son remplacement est envisagé pour faire face aux enjeux démographiques et énergétiques de la Guyane. Or la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) prévoit une nouvelle capacité de 120 MW basée sur des moyens conventionnels fonctionnant au fioul léger ou au gaz naturel, sur un site voisin de l’existant. Cette production viendrait en remplacement des moyens de production thermiques actuels, constitués de 67,4 MW de production diesel et de 20 MW de turbine à combustion (selon le bilan prévisionnel de SEI Guyane). Pour le SER, ce renouvellement interroge les choix d’investissements en Guyane dans la mesure où la mise en place de moyens de production conventionnels constituera pour de nombreuses années un coût échoué, tandis que le surplus de puissance annoncé limitera la pénétration des énergies renouvelables dans le réseau, en contradiction avec les objectifs d’autonomie énergétique du territoire pour 2030.

1400 h de productible solaire par an

Compte tenu des hypothèses actuelles, le SER estime que la nouvelle centrale diesel prévue permettrait de fournir 300 GWh par an. Or la compétitivité du photovoltaïque, qui plus est en outre-mer, n’est plus à démontrer. Le productible est de l’ordre de 1400 heures par an en Guyane. Une puissance photovoltaïque de l’ordre de 260 MWc devrait donc être suffisante en première approche pour fournir 300 GWh d’électricité, même compte tenu des variations d’une production photovoltaïque. Il conviendrait d’y ajouter une capacité de stockage minimale de 1000 MWh pour pouvoir répondre aux besoins en base estimés à un maximum de 60 MW. La technologie de stockage privilégiée à ce stade est la technologie lithium-ion. Néanmoins, une combinaison de technologies (volants d’inertie, STEP) peut permettre d’étendre la portée du stockage, tout en gardant la technologie lithium-ion pour le stockage de courte durée. Pour une installation au sol de grande surface, en prenant en compte un ratio de 0,9 euros/Wc installé et un coût de stockage de 400 euros/kWh, l’investissement à prévoir pour ce projet alternatif serait de l’ordre de 634 millions d’investissement soit 2,43 euros/Wc, pour une puissance permanente de 60 MW et une pointe pouvant atteindre 160 MW si nécessaire. Pour 260 MWc de champ photovoltaïque, une puissance de 200 MW d’onduleurs batterie peut permettre d’apporter la puissance nécessaire pour la réserve primaire. Celle-ci peut donc être fournie par la solution de stockage sans surcoût.

En prenant en compte ces hypothèses, le coût de production de l’électricité de cette alternative à Dégrad-des-Cannes serait de l’ordre de 200 euros/MWh. Une centrale diesel neuve devant fournir une puissance équivalente aurait, elle, un coût de l’ordre de 300 à 350 euros/MWh, hors externalité carbone difficile à chiffrer aujourd’hui, mais qui pourrait atteindre 20 à 30 euros/MWh lorsque le prix de la tonne de CO2 aura dépassé 50 euros.

Une emprise au sol de 270 ha

A noter que le SER a privilégié le photovoltaïque car, outre sa compétitivité, cette solution est relativement facile et rapide à mettre en œuvre, et peut répondre à l’urgence en matière de sécurité d’approvisionnement. Sur la base d’une emprise d’environ un hectare par MWc installé et de 0,5 hectare pour les moyens de stockage annexes, ce projet alternatif aura une emprise au sol d’environ 270 hectares. Une petite superficie à comparer aux surfaces de terres dégradées, abandonnées ou encore de terres agricoles converties à d’autres d’usages, et totalisant plusieurs dizaines de milliers d’hectares sur le littoral guyanais, alors que la superficie globale du territoire atteint 8,3 millions d’hectares. Si des contraintes doivent être levées pour rendre disponible ce foncier, le manque de surface en Guyane ne peut être invoqué comme réel frein à ce projet, y compris à proximité des centres de consommation. D’autant que la technologie photovoltaïque permet de répartir les moyens de productions sur plusieurs sites. De fait, l’impact environnemental de la capacité prévue peut être atténué par la réalisation de plusieurs installations de 50 MWc, ce qui permettra en outre de foisonner la production, d’éviter les variations brutales de puissance et de mieux utiliser le réseau électrique existant.

Enfin, l’alternative proposée par le SER aurait aussi un impact plus important qu’une solution conventionnelle en termes d’emplois (78 emplois pour le diesel, 201 pour le solaire). Elle servirait en outre à la formation de personnel local pour la réalisation de projets similaires dans d’autres ZNI françaises et à l’international.

Le syndicat souhaite que cette solution soit étudiée de manière approfondie, par un bureau d’études spécialisé et indépendant. Il inscrit sa démarche dans le cadre de la conférence organisée par la Commission de régulation de l’Energie (CRE) ce mardi 6 mars 2018 sur le thème « Une énergie propre pour les îles, une perspective régulatoire sur la transition énergétique ». Cet évènement est, pour le syndicat, l’occasion de rappeler que la loi relative à la transition énergétique a inscrit l’autonomie énergétique en 2030 comme objectif pour les régions ultramarines. Cette ambition impose un développement rapide des énergies renouvelables locales, mais aussi l’arrêt des nouveaux investissements en faveur des énergies fossiles importées. « Cette solution, qui s’appuie sur des capacités de stockage adaptées aux besoins du réseau, contribuera significativement à l’objectif d’autonomie énergétique inscrit dans la loi de transition énergétique pour la croissance verte d’une part, et permettra de créer davantage d’emplois qu’un moyen de production basée sur les énergies fossiles d’autre part. A court terme, d’autres solutions renouvelables comme la biomasse et la petite hydroélectricité peuvent venir compléter un bouquet électrique local et vertueux », expliquent Jean-Louis Bal et Jérôme Billerey, respectivement président du SER et président de sa Commission Régions Ultramarines.

*Ce qui représenterait une économie de CSPE de l’ordre de 30 millions d’euros par an et donc de 900 millions d’euros sur les 30 ans d’exploitation.

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